Lettres de Paul Lascombes, père de Jean Lascombes, mari de Claire Segond, frère d'Alexandrine Lascombes (mère de Jeanne GAUCH/BARA (1904-1987) et de
Lucienne GAUCH/GUELY (1909-2000) .

LETTRES DE POILU

dernière mise à jour 16 Juin 2001

Agen, ce 4 Août 1914. Mon cher Clairon et vous tous que j'aime. Je suis heureux que ma première lettre soit pour vous apporter de bonnes nouvelles, qui je le sais, vont vous donner à tous un peu de bonheur. Je ne dis pas plus de courage car vous en avez tous beaucoup et c'est parce que je vous sens courageux que je suis aussi plus fort. D'abord je suis arrivé à Agen après un très bon voyage un peu long mais très réconfortant. Nous étions seulement trois dans un compartiment de première et tous les trois Souillageais et tous les trois pour Agen, le fils Espitatre de la gare et le bonhomme qui le matin s'était proposé à moi comme ordonnance. Il est de Reyrengne. Il n'a pas voulu me quitter et se faisait un devoir de s'occuper de ma cantine.

Les hommes étaient admirables d'entrain et de bonne humeur depuis le départ de Souillac. Dans tous les wagons la Marseillaise et le chant du départ n'ont pas cessé de jeter dans l'air leurs notes ardentes et si réconfortantes. A toutes les stations les femmes et les enfants étaient groupées pour nous saluer et partout quel enthousiasme ! Comme ils sont braves tous ses français qui quittent en chantant ceux qu'ils aiment pour défendre la patrie menacée par des goujats ? Comme nous devons rester fiers de conduire au feu de tels hommes ! Quelle source inépuisable de courage et d'énergie mêlés ! Vous qui restez vous pouvez avoir confiance dans la force de nos armes, dans la volonté ferme des soldats de France. Ils sont admirables et aujourd'hui encore dans la caserne, on entend partout la marseillaise.

Je me suis donc présenté ce matin seulement à la caserne, car nous étions arrivés trop tard hier au soir.

Je suis affecté à la 19éme compagnie du 209ème régiment de réserve qui forme l'armée de seconde ligne. Par un heureux hasard que je bénis, je me trouve entouré d'amis, et qui plus est un parent. J'ai en effet sous mes ordres le fils du sénateur Belhomme qui est adjudant de réserve de ma compagnie. Quelle coïncidence. Nous avons été heureux tous les deux de nous trouver. Les liens assez éloignés de parenté qui nous unissaient se sont vite resserrer et ont vite fait naître entre nous une sympathie et aussi une grande amitié qui cimenteront fortement les épreuves glorieuses que nous allons traverser. Il est tout heureux et je le suis aussi beaucoup (je termine au crayon, je n'ai plus d'encre).Nous causerons quelques fois des nôtres et cela nous fera du bien.

Enfin, j'ai aussi des amis, l'adjudant chef est un ancien sergent major du 7ème que j'ai beaucoup connu dans l'active et l'autre sous lieutenant de réserve est de Cahors. Il est de la promotion Chastagnol et je l'avais connu à Cahors. Je commande la 4ème section et j'ai sous mes ordres des hommes des communes de Souillac.

Le capitaine est un homme énergique et je crois que je tiens sa confiance. Quand je me suis présenté à lui, il m'a serré la main avec des paroles très amicales et dans la journée il m'a demandé de me charger de la popote des officiers, mais nous ne sommes que 3, lui et mon camarade Gauthier, l'autre sous lieutenant. Ce ne sera pas compliqué et j'ai déjà trouvé comme cuisinier un homme de la profession. Nous allons être bien soignés. Demain, je vais m'occuper d'acheter quelques vives de réserve. Nous avons une cantine spéciale avec tout le matériel de cuisine. Je vais y entasser le plus possible de vives de première nécessité, sel, vinaigre, huile, conserve, potages concentrés etc….etc…

Ma lettre est faite de tous les débris de papier que je trouve autour de moi, dans un magasin où je dirige la confection des sacs.

Nous avons beaucoup travaillé aujourd'hui, aussi nous nous trouvons en avance sur l'horaire prévu, mais aussi les hommes sont …..

Labro est à la 20ème compagnie à coté de moi, nous marcherons à quelques mètres l'un de l'autre. Je suis en effet 4ème et lui 1ère de la compagnie. Enfin beaucoup de petite chose aussi agréable, m'ont fait plaisir et sont le plus heureux présage.

Le régiment actif qui comprend presque tous les jeunes de Souillac, part ce soir, René part aussi ce soir avec son régiment. J'ai le cœur gros de voir partir mes camarades plus tôt que moi. J'aurais voulu me battre à leur coté. Nous partons dimanche ou lundi et j'espère que les jeunes qui nous précèdent vont nous ouvrir une trouée glorieuse par laquelle nous rentrerons fièrement en Alsace pour continuer notre devoir sacré. Tous les hommes sont prêts à faire de la bonne besogne et nous avons de la peine à les retenir, pas de malade, pas de froussard, tout le monde veut aller au feu et au plus vite. Que ce spectacle est beau, comme il berce notre douleur en pensant aux nôtres.

J'avais un billet de logement chez le directeur de la société générale, mais Belhomme m'a offert une chambre dans un pied à terre qu'il a ici. Déjà nous nous tutoyons et je suis avec lui. Je mange chez les beaux-parents de Labro qui tiennent un hôtel. C'est Mme Labro qui m'a servi, inutile de te dire que j'ai été bien soigné. Elle m'a présenté la fiancé de son fils, le mariage devait avoir lieu le 11. C'est remis au retour car nous reviendrons, notre courage sera notre bouclier.

Ayez confiance comme j'ai confiance et comme je vous aime tous sans distinction. Je pars plein de courage, soutenu par le devoir et par votre affection et par mon fils dont je ferai plus tard un vrai français comme nous. Toi mon cher clairon, embrasse le bien, embrasse le souvent pour moi, souvent comme je pense à vous.

Mes lettres vous parviendront toutes avec du retard, ne vous inquiétez pas, ne vous affoler pas je pense à vous, je penserai toujours à vous, toujours.

A tous, adieu pour aujourd'hui, de tout mon cœur je vous embrasse en serrant plus fort mon clairon et mon fils. Paul.

 

Agen, le 6 août 1914. Mon cher Clairon. Nous sommes débordés de travail pour terminer nos préparatifs, connaître nos hommes, les prendre en main et je n'ai pas pu t'écrire hier. Je craignais de ne pouvoir le faire aujourd'hui et c'est pourquoi je vous ai télégraphié ce matin. Vous aurez eu ainsi tout de suite de mes bonnes nouvelles et j'ai eu de grandes joies de recevoir les vôtres qui m'ont fait le plus grand bien. Louis Jean Laval était avec moi lorsque j'ai reçu la dépêche de Papa, Nous étions bien contents tous les deux. Merci à Papa de ses bonnes paroles. J'espère que bientôt nous le pousserons de tout notre cœur ce cri de " vive la France " tandis que le drapeau tricolore flottera devant nous sous le ciel de l'Alsace.

Hier matin, j'ai dîné avec René, Louis, Jean et Labro. Nous étions heureux de nous trouver réunis. C'est Mme Labro qui nous a servi, aussi nous avons fait un bon dîner. René est parti le soir.

La propriétaire agenaise a fait des adieux touchants aux deux régiments actifs. Tandis que le régiment se mettait en marche un cortège de jeunes filles s'est présenté au devant est a offert deux gerbes de fleurs immenses avec des rubans tricolores. Il a fallu déléguer 8 hommes pour les porter. Ils sont passés en tête du régiment qui a ainsi défilé au milieu des vivats et des saluts touchants. Tous les soldats chantaient la marseillaise quand le train est parti.

Nous, nous partirons probablement dimanche. Nous formons avec le 207 de Cahors, la réserve. Les hommes sont impatients de partir. J'ai de braves gens sous mes ordres. L'un d'eux me disait aujourd'hui mon lieutenant, ils ne nous toucheront pas les ? ? ? ? nous nous mettrons plutôt tous devant vous. J'ai trouvé une ordonnance, un bon ? ? ? ? ?.

J'ai touché hier mon indemnité de campagne : 4090 frs demain je vais toucher un mois et demi de soldes d'avance 350 Frs environ. Quand j'aurais payé tous mes petits achats, il me restera encore trop d'argent avec celui que j'ai emporté. Je vous enverrai donc en un mandat ou bien je remettrai à Mme Bouaben, une certaine somme que je jugerai suivant mes dépenses. J'ai fait hier ma délégation de solde en faveur de Claire, elle touchera la moitié de ma solde. Moi, j'ai largement assez, ne vous inquiétez pas.

J'ai fait mes achats pour la popote des officiers. J'ai acheté des saucissons des boîtes de pâté, des conserves de harengs, sardine, anchois, saumon. Hier, cassoulets, tripes, petits pois, champignons, tomates, haricots verts, une bouteille d'armagnac, de madère, d'absinthe de suze , café, biscuits, fromage. Notre cantine est garnie, nous avons tous les ustensiles de cuisine en parfait état, un cuisinier épatant. Allons nous serons très bien.

Comme je suis content d'être officier, que d'avantages. Les hommes et les sous officiers couchent sur la paille, moi j'ai un bon lit.

Nous sommes de bons amis avec Belhomme et nous passons de bons moments ensemble.

Nous sommes venus prendre l'apéritif avec Louis Jean et Labro. Puis nous allons aller dîner. Louis Jean est dans une compagnie à coté de la mienne. Nous nous verrons le plus souvent possible.

Pour m'écrire adressez toujours jusqu'à contre ordre même adresse que la dépêche, mais sans timbres, vous avez la franchise postale pour vous.

De tout mon cœur, je vous embrasse tous, toi ma chère petite femme, toi mon cher fils et vous tous que j'aime tant.

Du courage Clairon, soigne bien mon fils que je retrouverai grand. Je vous embrasse encore. Au revoir. Paul.

 

Agen, le 7 Août 1914. Mon cher Clairon. Je viens de voir Mme Brichaben et Geneviève chez elle. Elles sont en bonne santé et j'ai été très heureux de passer un moment avec elle. Je dois y revenir pour dîner avant mon départ.

Nous sommes toujours très occupés mais maintenant nous sommes prêts et nous n'attendons plus que l'ordre de partir. Les hommes sont plein d'entrain et résolus.

Ce matin est parti un groupe d'artillerie. Les canons étaient ornés de guirlandes et de fleurs. Les conducteurs avaient chacun un bouquet et deux immenses gerbes étaient portées sur les prolonges. L'enthousiasme va toujours grandissant. Tout cela est offert par les dames et jeunes fille d'Agen. Les quartiers se disputent l'honneur d'apporter un bouquet à nos braves régiments qui partent en chantant.

Les cœurs les plus durs se serrent et les larmes ne peuvent s'arrêter devant ces nobles manifestants si réconfortant.

S'il passe des soldats à Souillac, saluez les, saluez les bien comme on vous salue ici.

Louis Jean a soupé avec moi hier soir, et comme il couchait dans la paille, je l'ai emmené coucher avec moi dans un lit.

Nous nous retrouverons ainsi tous les soirs jusqu'au départ. Belhomme est avec nous.

J'espère revoir bientôt de nos nouvelles maintenant que j'ai votre dépêche, je suis content. Chaque fois que possible, je vous enverrai ainsi quelques mots tous les jours.

Je suis de tout cœur avec vous comme vous êtes avec moi. Longuement, longuement. Cela me fera beaucoup de plaisir.

Mon clairon, parle moi beaucoup de toi et de notre jeannot et avec Alex soignez bien notre chère et bonne maman.

Je te serre dans mes bras, avec jeannot au plus profond de mon cœur je vous embrasse comme je vous aime. Partagez ces baisers et mon affection avec Papa, Maman, Alex, jeanne et Lulu. A vous tous et de tout cœur Paul.

Embrasse Marie Elise rt toute la famille. J'envoie un mot à mes parents de Figeac et à Elie.

 

Agen 7 Août 1914. Mon cher Clairon. A la hâte un mot encore aujourd'hui pour te donner mon adresse qui vient de m'être communiqué à l'instant. Donc adresse moi les lettres comme suit : sous lieutenant Lascombes, 5ème bataillon, 209ème régiment d'infanterie de réserve, 19ème compagnie. Par le dépôt à Agen. Ceci peut être modifié mais les carnets sont déposés dans les mairies et dans les bureau de poste, dans les gares aussi donc se renseigner.

Nous partons dimanche soir, où et par où, personne ne le sait, mais nous sommes en réserve. Sauf contre ordre de moi ou de la Mairie, adresse moi le plus souvent possible, tous les jours si tu peux, quelques mots à l'adresse que je te donne. Les lettres nous parviendront difficilement. On tient secret où nous allons, mais le dépôt fera suivre. En écrivant souvent, j'ai des chances que quelques lettres me parviennent. J'ai l'intention de faire tous les jour mon journal de route ou j'écrierai mes impressions. Je te l'enverrai et tu le conservera pour mon fils précieusement. Louis Jean Laval a soupé avec moi. Nous coucherons ensemble. Vois quelques fois sa femme, vous causerez ensemble. Nous nous verrons le plus possible et par l'un ou l'autre vous aurez des nouvelles.

Nous sommes en parfaite santé, plein de courage en pensant à vous.

Embrasse bien fort mon fils, garde pour lui les baisers les plus affectueux. Embrasse Papa Maman Alex Jeanne et Lulu. A tous mes meilleurs pensées. Du courage, au revoir. Paul.

 

Agen : 8 Août 1914 : Mon cher Clairon, J'ai été gâté aujourd'hui ce matin ta longue et bonne lette qui m'a fait le plus grand plaisir. Elle est datée du 6 et me porte de fraîches nouvelles. Je n'ai pas reçu ta lettre adressée au 9ème. Elle sera sans doute égarée. Ce soir j'ai le télégraphe de Papa qui vient de me confirmer que vous êtes en bonne santé. J'étais si content que je vous ai télégraphié aussitôt. Nous partons demain soir dimanche. Je ne sais pas par quelle direction. Peut être par Cahors et Souillac mais le chef de gare à Souillac doit le savoir et je compte qu'il vous renseignera si je ne peux pas le faire moi-même par télégramme.

Je trouve tous les jours des amis, anciens camarades de collèges à Brive, anciens de 7ème et aujourd'hui j'ai découvert dans ma compagnie le beau-frère de Ludovic, le mari d'Anita et un autre bonhomme qui est à Lonzac et enfin sous mes propres ordres un des soldats que nous avons logés à la maison.

Lorsque le régiment de Bergerac est passé, il y a 4 ans, il m'avait reconnu et n'avait pas osé se présenter à moi, ce n'est qu'aujourd'hui qu'il s'est présenté à moi en me rappelant que nous l'avons logé. Il était content de me retrouver et me remerciait encore de ce que nous avions fait pour lui à son passage, ce qui prouve que c'est un brave garçon. Il est malade, aussi je vais me débrouiller pour le faire passer au dépôt. Il aura ainsi le temps de se remettre. Du reste je l'avais bien reconnu, c'est le petit maigre des deux que nous avons logés.

Mon cher Clairon, tu remercieras bien pour moi ma mère de Figeac, de la médaille que tu m'as adressée en son nom, je le porte sur moi. Vos souhaits et vos prières aidant mon courage me porteront bonheur et c'est ainsi que je vous embrasse tous de tout mon cœur et que je dis au revoir, toujours au revoir. Ton mari qui t'aime tant. Paul.

 

Embrasse bien Maman Hélène, soignez la bien. Aimez la bien pour moi. Pour Papa, pour Alex, pour Jeanne, Lulu, pour toi mon Clairon, pour mon fils toutes mes pensées les meilleurs et toujours à vous tous de tout mon cœur. Paul

Embrasse bien mon Jeannot.

 

Lettre non datée, probablement écrite début août ? Ma chère petite femme. Je ne suis pas jaloux et je n'envie pas davantage le sort que la faveur des grands a accordé aux Bizacs et aux Delmas. C'est peu être du débrouillage mais en tout cas, ce n'est ni grand, ni noble, ni brave et je comprends mal cet enthousiasme chevaleresque qu'ils avaient avant le départ. Je ne veux pas qualifier.

Je reste jaloux et fier de ma place en face de l'ennemi. Je garde mon honneur et je le défendrai avec celui de ceux qui n'osent pas affronter la privation, la fatigue et la mort. Si je ne reviens pas couvert de gloire, je reviendrai toujours la tête haute avec la satisfaction du devoir accompli. Si je tombe, tu n'auras pas à rougir de moi et mon fils pourra porter fièrement mon nom, il ne sera pas taché par aucune souillure.

D'autres y sont habitués peut-être, mais moi, je ne veux pas que mon fils baisse la tête quand on lui parlera de son père. Je suis au poste d'honneur, j'en suis fier et j'y reste. Honte à ceux qui reculent. Claire, n'oublie jamais que l'honneur ne doit jamais céder, il ne se rachète pas quand il est perdu. C'est dans ces principes que mon fils sera élevé.

Papa me dit que tu es forte et courageuse. Je t'en félicite et je t'en remercie de tout mon cœur. Je savais que tu le serais. Je sais aussi que tu sauras t'employer pour réconforter les parents et les miens. Je sais que mon Jeannot sera entouré de tes soins les meilleurs et qu'à mon retour je vais retrouver mon gros bonhomme, superbe et trottant comme un petit chevreau. Mais n'oublie pas mon Clairon, que je veux aussi trouver une femme bien portante. Donc soigne toi bien, ne néglige rien pour ta santé.

Moi je vais très très bien, j'ai du courage et de la confiance. Sois aussi courageuse et ma noble mission terminée, je reviendrai près de toi travailler à ton bonheur, à l'avenir de notre fils.

Embrasse Papa et Maman , embrasse notre fils et garde pour toi les meilleurs baisers de celui qui sera toujours ton mari dévoué. Paul

Bonjour aux amis Latremoliere, Lajoignie et Naullet.

 

Campagne de 1914. Pour mon fils, pour ma femme, pour mes parents bien aimés, pour ma sœur et mes nièces j'écris mon journal de route.

9 Août 10h du soir . Nous venons de quitter Agen après avoir superbement défilé au milieu d'une foule enthousiaste, qui nous couvre de floeurs et nous accompagne de ses vivats. Nos homme chantent la marseillaise et le chant du départ. J'ai trouvé à la gare la famille Bouhaben qui a eu la délicate attention de venir me saluer au départ. Je les ai embrassés bien fort, en pensant à tous et cela m'a fait beaucoup de bien puisque je ne passerai pas par Souillac. J'ai été heureux d'embrasser quelqu'un qui vous portera mes derniers baisers et mes meilleurs pensées en quittant Agen.

Je suis dans un compartiment de 2ème classe, avec le capitaine et mon commandant Gauthier. Nous allons pouvoir nous détendre et nous reposer comme il faut pendant nos deux jours et demi de route.

10 Août 6h du matin. Nous venons d'arriver à Perigueux. Excellent voyage, une bonne nuit, pas de fatigue. Pense à vous. Je vous envoie une carte postale que je confie à un gendarme pour la mettre à la poste.

9h Thiviers. Des dames et des jeunes filles nous distribuent des fleurs, des gâteaux, des cigarettes, des liqueurs et aux hommes du vin. Arrivée enthousiaste de la population.

10h. La Coquille. Même accueil. Des jeunes filles nous portent des cartes postales et des crayons pour envoyer un mot à nos familles. Je vous envoie une carte.

10h Bussière Galand. Même accueil. On nous porte des gerbes de fleurs et on nous sert un quinquina.

11h Nous dînions. Je fais goûter au capitaine un pâté de maman Nini. Il ne peut pas assez dire qu'il est délicieux.

12h. Limoges. Nous trouvons du café et du thé que nous distribue les dames de la croix rouge.

15h. La soutairaine. On nous donne encore des fleurs et des rafraîchissements.

16h Argenton. Nous rencontrons le 207ème Je vois les Souillagais : Veyssures, Sauche, Bastide. Charles, ancien ouvrier et beaucoup d'autres. Pas de Fernand. Rencontre aussi le fils Coleda.

17h. Je cause avec un tanneur de cuirs forts qui est à coté de la gare.

19h. Nous faisons un bon dîner.

21. Nous nous couchons.

11 Août. Cosnes. Nous venons de nous réveiller. Très bonne nuit, pas fatigué. Nous sommes garés à cause d'encombrements. Nous trouvons des journaux et apprenons avec une douce joie les premiers brillants succés de nos camarades de l'est. Nous sommes en Alsace, courage, confiance. Bientôt nous aurons refoulé et anéanti notre orgueilleux adversaire. Nous allons paraît-il à Troyes et de là, on ne sait pas.

Je pense à vous, je vous embrasse de tout mon cœur comme je vous aime tous. Gros baisers à ma femme chérie et à mon fils. Paul. Demain ta fête mon Clairon. Tous mes souhaits, mes pensées, mes baisers.

Au bivouac, le 15 Août 1914. Mon cher Clairon. J'ai été obligé d'arrêter mon journal de route que je me faisais une joie d'écrire tous les jours pour vous tous. Mais les ordres formels sont arrivés et nous ne devons donc dans aucune de nos lettre dire ce que nous faisons, ou nous sommes, d'où nous venons et où nous allons. C'est pourquoi respectueux des ordres et de mon honneur, je te date ma lettre du bivouac et je ne te parlerai pas de ce que nous sommes devenues depuis notre débarquement mercredi dernier. Je te dirai simplement avec la plus grande joie que je suis en parfaite santé et que jusqu'à présent rien ne m'a manqué.

Malgré les fatigues d'un voyage Qui a duré 3 jours et 3 nuits, j'ai débarqué sans aucun malaise et depuis tous les jours, nous continuons par étapes notre marche en avant vers un point de la frontière que je ne peux pas te désigner.

Il fait un peu chaud mais l'énergie, le courage aidant, votre affection et vos bonnes pensées, je n'éprouve aucune fatigue et puis tous les soirs j'ai un très bon lit ou je repose largement. Mon ordonnance est un brave garçon qui me soigne comme un poulet. J'ai de la satisfaction dans mes hommes, c'est précieux pour moi, à la veille d'un grand jour.

Partout où nous passons, nous sommes bien reçus et nous trouvons assez facilement encore du vin, de la bière et du cidre. C'est heureux car nous passons les derniers, devant nous se trouvent des centaines de mille hommes. Hier, j'ai été logé chez le maire d'une petite localité. Il m'a invité à dîner ainsi que le capitaine et mon camarade. Nous avons fait presque la noce, un repas plantureux arrosé de vins généreux : bourgogne, champagne etc…

Aujourd'hui je suis chez une brave dame, qui a ses 3 fils à la guerre. Depuis 8 jours elle à des soldats chez elle, cela ne l'empêche pas de bien me soigner. Demain, nous irons plus loin et bientôt, je l'espère, nous rejoindrons nos camarades de l'avant. Nous marcherons toujours en avant, et bien que privé de toutes nouvelles, nous comprenons bien que les armées de 1er et 2ème ligne font de la bonne besogne et délogent notre orgueilleux ennemi dont nous aurons bientôt raison.

Nous sommes en 3ème ligne. Ces jours ci j'ai beaucoup pensé à vous, beaucoup, beaucoup, d'abord je n'ai rien reçu de vous depuis mon départ d'Agen et tout le monde est comme moi. Quand pourrons nous avoir de vos nouvelles. Il me tarde de recevoir quelque chose qui viendra de vous. Comme je n'ai pas de nouvelles depuis 8 jours, je ne sais pas si Claire est encore à Souillac. J'adresse toujours ma lettre là et vous la ferez suivre.

Ecrivez-moi souvent peut-être quelques lettres arriveront. Je vous écrit sur ma cantine et je ne suis pas trop bien sur ce pupitre. Baisers à tous. Paul.

 

 

Au bivouac ce 16 août 1914. Mon cher Clairon bien aimé. Je suis toujours plus heureux de t'apporter des bonnes nouvelles sur ma santé. Je vais très très bien et cette campagne ne m'a pas du tout fatigué bien que je ne m'y suis pas préparé après la douce et bonne vie que nous menions ensemble avec notre cher petit Jeannot. Je pense souvent à vous. Hier soir, je me suis endormi avec vos photos sur moi. Cela m'a bien un peu déchiré le cœur mais leur vue m'a donné aussi de courage et je pense avec réconfort que c'est pour vous que je lutte, que c'est pour vous que je souffre et qu'en défendant mon drapeau, c'est vous que je défends. C'est votre avenir plus heureux, plus fécond que j'assure. Pensez à moi, priez pour moi et Dieu vous récompensera.

Mon Jeannot doit être bien mignon. Il a dû faire des progrès depuis 15 jours. Elève le bien mon Clairon, parle lui de son père qui ne nous oublie pas tous les deux et qui nous aime. A mon retour, comme nous serons heureux tous les trois, comme nous serons heureux au milieu de nos chère parents. Priez, priez. Je vous aimer et vous rendre heureux.

Aujourd'hui je suis logé chez le curé du village. Un brave curé qui a pour moi des amabilités touchantes. En causant, j'ai appris qu'il avait logé hier le lieutenant Ultier vicaire de St Laurent de Figeac. Quelle coïncidence ? Ce soir nous dînons chez lui, le commandant et mon camarade Gauthier. Déjà ce matin il nous a offert vins, liqueurs etc… etc… Nous devons aller ce soir assister à un office qu'il donne pour nous.

Je n'ai encore rien reçu de toi. J'ai vu le vaguemestre qui m'a dit que peut-être demain les lettres nous parviendraient. je voudrais bien, j'ai hâte de te lire, j'ai hâte d'avoir quelque chose de toi, de mon fils, de nos parents bien aimés, j'ai hâte de savoir quelque chose d'Elie. Tu es peut-être à Figeac. Cette lettre t'y parviendra. Dans ce cas, embrasse ton Père et ta Mère. Dis leur que je pense à eux. Si tu es à Souillac, embrasse bien ma bonne maman, mon Père Alex et les enfants. Je pense à vous tous comme vous tous pensez à moi.

Ce matin en traversant un village, j'ai sérré la main à 2 souillagais du régiment de Cahors. Le fils Ras gendre Camparos et le fils de notre marchand de beurre. J'ai été heureux de les voir si loin du pays.

Nous sommes partout très très bien reçus et bien soignés.Nous trouvons bien à manger et à boire et mon ordonnance est à mes petits soins.

Les hpmmes m'écoutent. Ils ont confiance en moi. Je crois avoir leur affection et j'ai confiance en eux pour accomplir la noble mission que le pays nous a confié.

Je vais très très bien et je t'embrasse de tout mon cœur qui t'aime avec mon fils, mon jeannot mignon. Embrasse bien tous les chers notres pour moi. Ton mari qui t'aime. Paul.

Dis à Papa de me parler des affaires, comment ça va.

 

Au bivouac le 17 août 1914. Mon cher Clairon. Pas de nouvelles aujourd'hui encore ! c'est bien long. Mais je ne m'inquiète pas car tous mes camarades sont dans les mêmes conditions. Pas une lettre n'est encore arrivée au régiment depuis notre départ.

J'ai revu le vaguemestre aujourd'hui, il paraît que dans 2 jours le service des lettre commencera régulièrement. En attendant, je ne sais si mes lettres te parviennent. J'écris tous les jour un mot. Cela me change un peu et me fait oublier les fatigues et puis si mes lettres arrivent quelle joie elles apportent dans la maison et cette pensée m'est particulièrement douce.

Nous avons appris aujourd'hui les bonnes nouvelles concernant nos armées et cela a soulevé d'avantage notre enthousiasme et notre courage.

Courage mon Clairon, confiance. Nous avons le bon droit et la force pour briser et dompter notre trop orgueilleux adversaire. Nos cœurs sont hauts et ils sauront souffrir pour arriver à la victoire prochaine éclatante revanche de nos pères de 1870.

Hier nous avons presque fait la noce chez le brave curé qui nous a logé. Repas plantureux, arrosé de vins généreux de la Meuse et ce matin, un châtelain des environs est venu nous offrir au presbytère aux 3 officiers de ma compagnie de vieilles bouteilles de bons vieux vins de la Meuse et de Vouvray que nous avons dégustés avec des biscuits.

Tu vois nous ne sommes pas malheureux pour des guerriers.

Ma santé est très bonne. Je ne suis pas fatigué du tout.

Confiance mon Clairon, embrasse notre Jeannot bien fort, embrasse nos bons parents, ma chère sœur, les enfants et garde pour toi les baisers les meilleurs et les plus tendres de celui qui sera toujours ton mari fidèle et aimant. Paul.

 

Au Bivouac, ce 18 Août 1914. Mon cher Clairon bien aimé. Toujours sans nouvelles de vous tous et cela nous ennuie bien mais nos cœurs sont déjà habitués aux sacrifices et en écrivant aux chers nôtres, nous oublions que nous avons rien reçu d'eux depuis longtemps. Mais sois rassuré, ma chère petite femme, ma santé est toujours très bonne et je suis bien heureux tous les jours de te confirmer cette nouvelle.

Je t'écris aujourd'hui dans un petit coin de bois où nous sommes arrivés et j'ai comme pupitre le tambour de ma section. Il fait très beau et le pays est bien joli, si diffèrent du nôtre. Je ne peux pas te dire où je suis, cela m'est pénible, mais c'est la consigne et le devoir.

Tous les jours je résume sur un cahier mes impressions, tu le lira avec plaisir et plus tard quand mon fils sera grand. Je lui lirai moi-même et il y puisera de bonnes leçons. Comme je serai heureux quand nous serons réunis après la guerre, de nous raconter tout ce que je vois, les pays que je parcours et les spectacles grandioses et glorieux qui s'offrent et vont s'offrir à moi.

Allons mon Clairon, toujours du courage, encore du courage, confiance.

Le soir après le repas, le capitaine, mon camarade et moi nous aimons beaucoup à causer des chers nôtres, et nous faisons des projets pour le retour. Nous passons de bons moments, il y a beaucoup de solidarité entre nous, et quand le noir nous attrape, nous plaisantons mutuellement et nous rions. Nous avons un cuisinier émérite, qui nous fait des plats succulents. Ce matin nous avons mangé un canard aux olives et comme il avait réussi à trouver du lait, il nous a fait un entremet délicieux. Le vin se fait rare mais nous trouvons du cidre, de la bière et beaucoup de lait et de beurre. Je me régale de beurre, il est du reste excellent.

Je m'arrête là aujourd'hui. Embrasse bien fort notre Jeannot, nos bons parents, Alex, les enfants et garde pour toi mon cher clairon, mes meilleurs baisers. Paul. Un gros baiser et au revoir.

 

Ce 19 août 1914. Mon cher Clairon. J'apprends à l'instant que toutes les lettres que nous avions remises dans les postes depuis 4 jours, ont été déchirées par la censure. Je suis très peiné de cet état de chose, malheureusement sans doute nécessaire mais depuis 4 jours j'avais eu justement le temps de t'écrire un peu longuement. Je me réjouissais en pensant à la joie que vous éprouverez tous à recevoir de mes nouvelles et voilà que mes espérances s'effondrent. Tu auras été inquiète, vous aurez tous étaient inquiets sur moi alors que ma santé est très bonne et je vais très très bien.

Que veux tu, mon petit, c'est la guerre, avec ses rigueurs. Redoublez de courage, redoublez d'énergie. Ne vous laissez pas aller si mes lettres sont longues à vous parvenir. Quant à moi, j'ai du courage depuis mon départ d'Agen, je suis sans nouvelle de vous et je lutte contre mon cœur, pour garder intact mon moral de soldat. Puisse je bientôt recevoir une lettre de vous qui me dira que vous êtes tous courageux que vous attendez tous avec courage et confiance la fin glorieuse de notre campagne.

Confiance à vous tous que j'aime, courage mon Clairon et dis moi que tu es toujours forte pour que je garde un peu de bonheur.

Je te disais dans mes dernières lettres que ma santé était bonne, et que je ne souffrais pas du tout, ni de fatigue, ni de privation. La température nous favorise aussi.

Je te disais encore que nous ne pouvions pas te dire où nous étions, à quelle armée j'appartiens, dans quelle région je marche. Des ordres formels sont arrivés, nous devons rester muets sur tout ce que nous voyons, sur tout ce que nous faisons. Mais tous les jours je note sur un carnet mes impressions de route et à mon retour la guerre fini nous nous réunirons en famille et je vous lirais ces souvenirs de campagne en y ajoutant les détails et plus tard quand mon fils sera grand, il puisera là des bonnes leçons.

Mon cher petit Jeannot, je pense souvent à toi et ton et ton image chéri m'a déjà réconforté plus d'une fois et toi ma chère femme, veille bien sur lui qu'il soit un homme, un français et un bon soldat.

Votre pensée me soutient. Mon affection et la votre me rendent plus grand et plus fort.

Du courage tous, mon cher Clairon, embrasse bien fort mon fils, embrasse nos chers parents, Alex, les enfants et garde pour toi les baisers les meilleurs et les plus tendres de ton mari qui t'aime, qui pense à toi et pensera toujours à toi, ma chère femme, mon fils et vous tous que j'aime tant. Au revoir Paul.

 

Ce 19 août 1914. Mon cher Clairon. Je viens enfin d'avoir de tes nouvelles et de la façon la plus innartendue puisque je n'avais pas encore reçu de lettre de toi depuis mon départ d'Agen.

Aujourd'hui à la traversée d'un village, alors que je marchais à l'avant garde du régiment, j'ai rencontré Edouard Boutot, qui m'a sauté au cou en m'apercevant, nous avons été bien heureux de nous rencontrer si loin. Il venait de recevoir une lettre de Louise dans laquelle elle lui donnait des nouvelles de nous tous. Comme j'ai été heureux d'entendre parler de vous tous. J'en pleurais de joie surtout de savoir cela par Edouard et par Louise qui vit au milieu de vous.

Le 207ème est plus heureux que le 209, puisqu'il a reçu ses premières lettres aujourd'hui. Nous sommes venus cantonné à 3 Km de lui peut être ce soir tard le vaguemestre nous apportera un courrier. Tout le monde attend avec impatience. Nous espérons qu'après les lettres arriveront assez régulièrement car à partir d'aujourd'hui les trains reprennent, je crois, leur marche normale.

Quand le vaguemestre va arriver, il est probable que je vais recevoir un gros paquet de lettres. Il faudra me dire combien de lettres vous avez reçues de moi depuis le 9. J'ai écris tous les jours mais il est probable que beaucoup de lettres se sont égarées. A la traversée du village où j'ai vu Edouard, j'ai vu aussi mon ancien commandant du 7è qui m'a arrêté pour me serrer la main. Cela m'a fait bien plaisir.

Ma santé est toujours très bonne. Edouard va aussi très bien, mais nous avons des barbes hirsutes ! ! ! !

Vous pourriez dire à Louise qu'Edouard était superbe d'entrain, mais qu'il était heureux de me voir, moi aussi du reste.

Nous continuons à très bien nous nourrir. Nous ne trouvons plus de vin, mais de la bière et du lait. Je bois beaucoup de lait et je mange du beurre en quantité.

Les journaux vous tiennent au courant de notre marche et certainement vous savez mieux que nous les événements heureux qui se succèdent. Les succès de nos armées se confirment tous les jours. Tous les jours nous infligeons une leçon nouvelle à notre ambitieux adversaire qui voit tous ses plans échouer lamentablement. Nos petits chasseurs ont fait merveilles et nos baïonnettes une fois de plus montrent leur force. Bientôt va se jouer la grande partie et nous allons assister à l'agonie de l'empire allemand. Quelle belle journée pour l'Europe et pour nous tous.

Confiance mon clairon, sois forte, prie et espère. Pour notre fils, pour toi, j'ai du courage. Je reviendrai vous rendre plus heureux. Embrasse bien mon fils, embrasse le bien, embrasse nos bons parents, Alex, Jeanne et Lulu.

Pour toi, toute ma grande affection, mes meilleures pensées et mes baisers les plus forts. Ton mari pour toujours. Paul.

 

Ce 20 août 1914. Ma chère petite femme. Enfin ce jour 20 août les lettres nous parviennent et j'ai le grand bonheur d'être gâté par tous et d'avoir quelque chose de toi les douces larmes que j'ai versées en te lisant, en entendant parler de mon fils ! J'ai pleuré de joie , de bonheur, de regrets et cela m'a fait beaucoup de bien. Je ma sens plus fort aujourd'hui parce que je suis moins seul, parce que j'ai quelque chose qui vient de toi, qui me porte un peu de toi et de mon fils. J'ai reçu tes lettres du 9 et 10 août, puis celles de Papa du 10 et du 12 et aussi une autre qui m'a fait beaucoup de plaisir, celle de Papa Segond et je l'en remercie du plus profond de mon cœur ainsi que maman. Les mots affectueux et réconfortant qu'elle a bien voulu ajouter.

J'apprends que tu es à Figeac depuis le 12. J'espère que ton voyage en voiture s'est bien passé et que Jeannot continue de faire l'admiration de tous et que tu trouves en lui toutes les consolations et le réconfort dont tu as besoin, mon cher petit clairon.

Que tu sois à Souillac ou à Figeac, je suis bien tranquille et je sais bien que rien ne te manquera. Pas plus qu'à Jeannot du reste et c'est pour moi une consolation sans prix de vous savoir entourés de tant de soins et d'affections. Car je vois autour de moi bien des braves gens qui sont partis laissant seul une femme et des enfants. Et ces hommes, prêts à tous les sacrifices pour la plus noble des causes de peuvent parfois arrêter une larme en pensant aux leurs qui souffrent peut-être. C'est bien là le coté le plus terrible de la guerre. Penser que des petits enfants comme Jeannot, souffrent. Ah ! si tu peux en soulager mon Clairon, fais le. Cela portera bonheur à notre fils. Pourquoi je te demande ça ? ton cœur généreux et bon y a déjà pensé.

Mon cher petit, j'ai été très heureux, très touché de ce que Alex et toi, vous avez fait pour nos braves soldats en gare de Souillac. Nous aussi nous avons été gâtés partout et parmi ces dames qui m'ont donné des fleurs et des friandises il en était sûrement qui avait vu partir comme toi un mari bien aimé et peut-être tu as gâté le mari de l'une d'elles. C'est bien Clairon, merci.

Et puis cette semaine, c'était la fête de ma chère maman tant aimée, c'était aussi celle de Jeanne, c'était la tienne mon cher Clairon, ma chère femme bien aimée. Je n'étais pas l&ureux, très touché de ce que Alex et toi, vous avez fait pour nos braves soldats en gare de Souillac. Nous aussi nous avons été gâtés partout et parmi ces dames qui m'ont donné des fleurs et des friandises il en était sûrement qui avait vu partir comme toi un mari bien aimé et peut-être tu as gâté le mari de l'une d'elles. C'est bien Clairon, merci.

Et puis cette semaine, c'était la fête de ma chère maman tant aimée, c'était aussi celle de Jeanne, c'était la tienne mon cher Clairon, ma chère femme bien aimée. Je n'étais pas là mais l'année prochaine nous serons heureux. L'année prochaine je vous embrasserai. Courage confiance je vous aime et de tout mon cœur je vous embrasse. Mon Clairon, un autre baiser pour toi, un autre pour mon fils. Au revoir, Paul.

Ceci est ma dernière volonté

Si je suis tué, je prie ceux qui trouveront mon cadavre d'exécuter pieusement ma volonté dernière en faisant le nécessaire pour faire parvenir à ma femme Madame Paul Lascombes demeurant à Souillac (Lot) France, les objets suivants :

1°) Mon portefeuille placé dans la poche gauche de ma capote. Ce portefeuille contiendra peut-être encore de l'argent dans une enveloppe verte à mon nom. Cet argent sera à la disposition de celui qui me trouvera et exécutera ma volonté. Il le gardera ou le remettra à ma femme, selon ses besoins. Tous les autres souvenirs du portefeuille seront remis à ma femme.

2°) Remettre aussi ma montre, et mon alliance et les menus objets trouvés sur moi.

3°) Ma cantine chargée sur la voiture de la Cie 19ème Commandement.

4°) Mon sabre, s'il est près de moi ainsi que mon revolver, pour que sa maman les donne à mon fils quand il aura 20 ans.

Merci à celui qui exécutera mes dernières volontés.

Fait sur la Meuse à Létanne, le 21 août 1914 ; je, signé sain de corps et d'esprit. P. Lascombes, Alexandre Paul Lascombes, sous lieutenant de réserve, 209ème régiment de l'infanterie 19ème Compagnie.

 

 

Ce dimanche 23 août 1914. Mon cher Clairon. Je reçois aujourd'hui une lettre du 13 et 15 août qui me comblent de joie comme tu le penses. La dernière du 15 août me fait plus particulièrement plaisir par toutes les bonnes nouvelles qu'elle m'apporte et celles concernant mon fils me valent chaque fois une émotion. Très douce et très forte à la fois. Et puis ces lettres sont de toi mon cher Clairon et n'est ce pas pour moi la plus grande joie et le plus grand bonheur.

Depuis 2 jours je n'ai pas pu t 'écrire car nous avons d'abord été occupé à la garde de convois de ravitaillement loin de tout et de tous et brusquement cette nuit nous nous sommes portés en avant pour soutenir nos camarades. C'est à dire qu'en peu de temps nous avons fait beaucoup de besogne et de la belle besogne. Nous avons chassé les allemands à plus de 10 km en arrière. Nos troupes sont en parfait état, l'entrain est superbe. Mon cœur de soldat éprouve une grande joie. Cette nuit après la bataille, j'ai recueilli dans les bois égarés, perdus, quelques Souillagais du régiment de Cahors, et notamment Bastide qui a été heureux de me retrouver . Nous n'avons aucun blessé. Les prussiens sont des mazettes, 80% de leur obus n'éclatent pas, c'est épatant.

Hier, j'ai rencontré Broc Pechagrand , la colonial s/huit au train de l'équipage. Combier, le fils du boulanger de Blazy puis Paul le domestique de Ribère, enfin Edouard le mari de Louise. Il n'avait plus d'argent, je lui ai donné une trentaine de francs. Car moi j'ai largement ce qu'il me faut. A ce sujet, n'oublie pas qu'à partir du 15 Septembre, tu toucheras à la perception la moitié de ma solde mensuelle, environ 120 Frs. N'oublie pas aussi que tu es femme d'officier et qu'à ce titre tu as le droit à beaucoup d'avantages matériels pour l'avenir et pour celui de notre fils en cas….

Je ne t'écris pas plus longuement car je suis un peu énervé par tout ce que j'ai vu.

Ma santé est parfaite, je vais très très bien.

Je t'embrasse de tout mon cœur. Je t'aime ainsi que mon Jeannot.

Embrasse Papa et Maman. Meilleurs baisers. Paul.

 

25 août 1914. Ma chère petite clairette. Reçu lettre du 15. Courage confiance. Tout va bien. Pas de fatigue, santé parfaite. Mes meilleures pensées pour toi et mon Jeannot. Je vous couvre de baisers tous. Paul.

 

31 août 1914. Ma chère Clairette. Viens de passer un excellent moment avec rené. Avons été heureux de nous embrasser et de nous retrouver aujourd'hui. Suis en parfaite santé. Pas de fatigue. Moral excellent, pense beaucoup à vous. Courage, confiance. Je n'ai pas le temps de t'écrire longuement mais je pense beaucoup à vous tous et je vous embrasse tous de tout cœur comme je vous aime tous également. Un gros baiser pour toi et Jeannot. Ton mari qui t'aime. Paul.

 

4 Septembre 1914. Madame Paul Lascombes - Souillac - Lot. Reçu aujourd'hui tout un gros paquet de lettres et de cartes et qui m'ont fait le plus grand plaisir. Suis heureux de vous confirmer que ma santé est parfaite. Presque tous les jours je rencontre des Souillagais Hier vu François Dentraygues, et Bron Soyez sans inquiétude, confiance. Bon Baisers à tous, bien gros pour mon Clairon et mon Jeannot. Paul.

 

5 Septembre 1914. Madame Paul Lascombes - Souillac - Lot. Au bivouac et au repos par une belle journée mes meilleures pensées vont vers vous tous de tout mon cœur je vous embrasse affectueusement tous et j'ajoute de bien gros baisers pour mon Clairon et mon Jeannot Baisers. Paul.

 

12 Septembre 1914. Suis en parfaite santé. Reçu aujourd'hui lettres de tous des 27, 28 et 29. Reçu aussi lettre d'Elie. Je n'ai pas pu envoyer de nouvelles depuis 8 jours. Car nous avons eu de la besogne et nous avons fait de la bonne besogne. L'ennemi est repoussé, en déroute, sommes dans la joie de notre victoire qui aura de grandes conséquences. Haut les cœur, courage, confiance, Vive la France.

 

14 Septembre 1914. 4h du soir. Mon cher Clairon. Ma santé continue à être parfaite et grâce à Dieu je suis toujours sain et sauf. Les bonnes lettres et celles que je reçois de Papa me font le plus grand bien et je me surprends les relisant souvent dans un coin à la clarté des feux du bivouac. Merci à tous qui me parlaient de mon fils, le cher mignon qui grandit à vos cotés sous l'œil hélas inquiet de sa chère maman. Courage mon Clairon, encore du courage, toujours confiance. Je te reviendrais, pour toi, pour lui. Je fais tous les jours mon devoir et vous ne connaîtrez jamais les horreurs de la guerre car nos armes aidées par le bon droit et la raison sont tous les jours victorieuses et cette guerre la plus formidable de toute sera la dernière de notre histoire. L'ennemi fuit dans une retraite éperdue laissant devant hommes et matériel. Depuis 4 jours nous faisons des prisonniers en masse. Ce sont hélas de pauvres bougres affamés, ils n'ont rien mangé depuis 4 ou 5 jours tandis que nos soldats touchent chaque jour leurs rations. Ma compagnie s'est particulièrement distinguée dans les journées des 7, 8, 9 et 10. Par 3 fois nous sommes montés à l 'assaut des positions ennemies que nous avons enlevées et pendant et pendant 14 heures nous avons résisté sous le feu intense des canons allemands et cela sans perte, quelques rares blessés. Je suis fier de ces heures. De tout mon cœur, je vous embrasse tous affectueusement. Gros baisers pour toi et Jeannot. Paul. Cette carte est un petit trophée de la bataille du 8.

 

16 Septembre 1914. Mon Cher petit Clairon. Si je suis heureux de recevoir tes longues lettres qui me font tant et tant de bien en me parlant de toi et de mon cher mignon qui dans l'épreuve pénible mais glorieuse que nous traversons est notre grand réconfort, je suis aussi bien heureux lorsque les circonstances le permettent, de te griffonner quelques mots qui t'apporte l'espoir et le courage. La dernière lettre m'a fait particulièrement plaisir et m'a touché beaucoup. Aussi je suis fier de toi ma chère femme car je reconnais en toi ces hautes qualités de la femme française qui font de vous la meilleure des mères, la plus forte des épouses. Votre énergie est notre réconfort et devant le danger qui nous guette, nous restons plus courageux en pensant à l'avenir de nos enfants. Votre confiance aide la notre, vos prières nous protègent et nous marchons le cœur léger, l'âme haute sous la mitraille de l'ennemi en pensant à vous et pour la plus grande gloire de notre douce France. Tu as su que j'avais reçu le baptême du feu. C'est le 24 août que j'ai eu cet honneur. Depuis presque toujours, jours et nuits nous nous battons avec courage et confiance. Je t'ai dit que ma compagnie fait l'admiration du Général par sa conduite au feu dans les journées des 7, 8, 9 et 10. Aussi, nous avons été félicités. J'ai été très fier, j'ai eu des heures d'émotion et de fierté inoubliable. Nous avons peu de pertes, quelques blessés mais aucun grièvement. Nous avons vu fuir l'ennemi dans une déroute complète. Nos fatigues ont été ainsi largement récompensées par une grande victoire à laquelle nous avons pris une si grande part. Le soir, j'ai parcouru le champs de bataille jonché de cadavres allemands. Notre artillerie fait dans les rangs ennemis des pertes énormes. J'ai relevé beaucoup de blessés allemands que j'ai soignés grâce à mes quelques connaissances d'allemand. J'ai fait aussi de nombreux prisonniers, de pauvres diables. Ils m'ont dit que les soldats étaient fatigués et souffraient de la faim. Ils désirent la paix, il paraît que la guerre n'est pas très favorable en Allemagne. Nous avons relevé quantité de trophées, casque à pointe sabres fusils, je me suis muni d'un sac d'officier allemand dans lequel j'ai trouvé des cartes postales. Il m'est très commode car j'y ai logé quelques menus objets de première nécessité. J'ai fait évacué les blessés sur les ambulances française où ils sont très très bien soignés quoique prisonniers. Quant à moi je vais très très bien, grâce à Dieu, je suis saint et sauf, plein d'entrain pour continuer à faire mon devoir.. Mais je pense beaucoup à vous tous, à toi mon Clairon bien aimé, à mon Jeannot à ma mère bonne dont quelques mots ajoutés à la lettre de Papa m'ont fait tant de plaisir et de bien, à Papa qui par son calme nous soutien à ma chère sœur que je remercie pour sa carte, à mes parents de Figeac à vous tous que j'embrasse de tout mon cœur qui vous aime tant, au revoir. Paul.

 

Ma lettre toute décousue est écrite dans une tranchée que nos hommes ont creusée cette nuit, nous occupons une position formidable dont nous allons pouvoir à notre aise canarder l'ennemi s'il ose se montrer. Nos retranchements sont très forts et nos sommes très à l'abri. Il manque ici un peu de confort peut-être mais il y a déjà longtemps que le confort n'est plus des nôtres. Mais nous n'avons jamais souffert de la faim. Nous manquons seulement d'un peu de tabac. Il faut te dire mon Clairon que je fume la pipe et que j'ai toute la barbe par force car nous n'avons guerre le temps de nous raser et nous avons tous de têtes hirsutes. Mes hommes se sont bien donnés et au feu ils ont tous une belle attitude. Que de belles choses je vois tous les jours ? Que d'actes héroïques se déroulent naturellement sous mes yeux ! La France est le pays de toutes les audaces. Je t'écris ces mots à Souillac pensant que peut être tu y es revenue ainsi toute la famille profitera de ma lettre.

Je suis très heureux des nouvelles concernant les affaires et je remercie Papa de ce journal qu'il tient pour moi et que je lirai avec plaisir au retour.

Il faudra remercier pour moi tous les amis qui s'intéressent à moi. Toutes mes amitiés à tous, Mme Chastagnol, Xavier, Philipine, Lafarge, Rouland, Naullet, Lajoignie, Latremoliere.

Papa pourra dire au Commandant Gaby que je sers sous les ordres du Commandant Mailho qui est mon chef de bataillon qu'il connaît et avec lequel je suis très bien. Nous mangeons tous les jours ensemble et nous avons parlé de lui.

A tous mes meilleurs baisers, courage, confiance. Paul. Gros baisers pour Clairon et Jeannot.

 

16 Septembre 1914. Recu toutes vos lettres des 30 - 2 - 3. Elles me font le plus grand bien et sauraient seules me donner du courage si j'en manquais. Mais j'ai toute la force et je sais faire mon devoir. Merci, Clairon, de tes longues lettres merci à tous de vos pensées et de vos prières. Ayez confiance, suis en parfaite santé. Tout va très bien. Vu hier Ras et Labernardie en bonne santé. Fernand est ici. Je n'ai pas pu le voir encore mais d'autres l'ont vu. Il va bien. Baisers à tous. Paul.

 

20 Septembre 1914. Reçu les cartes de Rocamadour et celles d'Alex et d'Elise qui m'ont fait le plus grand plaisir. Je suis très touché de votre pieux pèlerinage, et de tout mon cœur, je vous remercie de toutes vos prières. Vos vœux seront exaucés, nous vous reviendrons pour être heureux avec vous. Ayez confiance et du courage.. reçu également correspondance jusqu'au 8. Très heureux des bonnes nouvelles. Mais ne vous laissez pas aller à croire tous les racontars des blessés que vous voyez. Ces malheureux sont égarés par la douleur et quelques uns par la frousse et ils sont pessimistes. Tout va très bien. Ma santé est parfaite. Je suis sans une égratignure. Confiance, courage. Paul.

 

21 Septembre 1914. Mon cher Clairon, mes chers Parents. J'ai dû interrompre brusquement ma lettre hier, pressé par un travail urgent, le vaguemestre est venu entre temps et je la lui est remise pour qu'elle ne subisse pas de retard. Mon bataillon est aujourd'hui en réserve et je profite de ces quelques instants de répit pour reprendre ma causerie avec vous.

D'abord je vous prie de m'envoyer le plus tôt possible le chandail de laine que je vous ai demandé. Je voudrais que ce chandail ait un col rabattu de façon à le lever la nuit pour me couvrir le cou et la figure.

Nous couchons tous les soirs au bivouac, sous des gourbis autant que possible, mais les nuits sont fraîches à cette saison et dans cette région, nos gourbis en branche, feuillage, paille sont assez confortables et nous mettent à l'abri de la pluie et puis j'ai tous les soirs une bonne couverture. Mais nos hommes n'ont rien et les nuits sont un peu dures pour eux. Avec mon chandail, je serai très bien.

La région où nous opérons, offre toute entière le lamentable spectacle de la guerre, tout est saccagé, les villes, les villages sont pillés ou incendiés partout ou ces vampires ont passé c'est la ruine et la désolation. Les maisons ont été pillées comme des sauvages ne le feraient pas. C'est un spectacle horrible chaque fois que nous reprenons un village. Pauvres gens quand ils reviendront chez eux ils ne retrouveront plus rien. Tout est cassé brisé, déchiré ou incendié. C'est affreux. Soyez heureux vous qui êtes loin de ces barbares et qui ne souffrez pas de l'invasion. Enfin, nous les chassons tous les jours et quand nous reprenons un village occupé par eux, les quelques rares habitants qui y sont restés éprouve une joie indescriptible de revoir le pantalon rouge.

Car suite à cet état de chose, nous ne trouvons plus rien et nous n'avons pas d'occasion de dépenser de l'argent. J'ai sur moi une somme trop importante et à l'example de beaucoup d'autres camarades, je vous adresse donc une partie de cet argent, soit 200 Frs pour Claire. J'ai chargé le vaguemestre d'envoyer si possible un mandat télégraphique si non iml me portera un mandat que je joindrai à cette lettre que je ferai recommandée. Il me reste encore plus de 250 Frs.

Le 1er Octobre je dois toucher ma solde du 15 au 1er soit 60 frs environ. A cette date il faudra que Claire se présente à la perception de Souillac où elle touchera encore une somme égale.

A partir du 1er octobre, notre solde sera augmentée. Tous les mois Claire devra réclamer à la perception de Souillac, la moitié de la solde de mon grade. Vous me direz bien si ce payement est fait régulièrement. Il est probable que je me trouverai trop d'argent à la fin du mois, je vous ferai donc un nouvel envoi, je verrais. Dés réception de mon mandat accusez moi réception.

Ma santé reste parfaite, Allons tous du courage et toi mon Clairon, encore plus de courage pour moi et pour notre Jeannot. Confiance en l'avenir et reçois les plus tendres baisers de ton mari qui pense si souvent à toi et qui t'aime tu le sais de tout son cœur, courage. Vas nous serons heureux à mon retour et notre fils grandira au milieu de notre affection plus forte après cette terrible épreuve. Embrasse bien mon fils, embrasse le bien fort et vous mes chers parents de Souillac comme de Figeac vous avez aussi toutes mes pensées les meilleurs et je vous embrasse de tout mon cœur. Paul

Actuellement ma solde est de 220 frs par mois. Claire touchera donc 110 Frs sauf le 1er octobre ou elle ne touchera que 15 jours de solde.

 

Le 21 septembre 1914. Ma chère petite femme, mes chères parents. Par cette belle après midi, tandis que mes hommes travaillent avec adresse à fortifie davantage les positions que nous avons conquises les jours précédents, je me fais une joie de vous consacrer quelques instants pour causer plus longuement avec vous. Depuis bientôt un mois je n'ai pu vous adresser que quelques cartes rapides écrites en toute hâte, au hasard un soir de bataille, vous avez compris que le temps et les circonstances m'ont empêché de vous écrire plus long de vous donner de longs détails sur ces longues journées, si fécondes en émotion en dangerset de noble fierté. Et puis le vaguemestre ne nos touche pas tous les jours ce qui augmente encore le temps que met mes lettres à vous parvenir. Mais toutes mes lettres vous ont apporté de bonnes nouvelles et c'est tout ce que vous leur demandez. Les détails sur nos opérations, je ne peux pas les confier dans ma lette, mon devoir me le défend. Je sais cependant que d'autres le font, mais je ne veux pas m'exposer à voir cette lettre détruite et de plus subir une sanction. Je vous dirai seulement que notre moral aguerri par les récents combats ne saurait maintenant être ébranlé. L'espoir et la confiance règnent dans nos rangs. Nos hommes sont forts et courageux, malgré les fatigues, malgré les privations, malgré les intempéries, malgré les ruses lâches de nos adversaires. Si ce n'est de gaieté de cœur c'est au moins de toute notre âme que nous nous donnons tous les jours à notre pays et par conséquent à vous nos femmes, nos enfants, nos parents. La victoire n'est pas douteuse, vous pouvez avoir pleine confiance dans la force de nos armées et le succès final mais cela sera peut-être long et pénible car nous avons en face un adversaire préparé à cette guerre depuis de nombreuses années. On sent qu'il la voulait, on sent que c'est une nation militaire qui a consacré tous ses efforts et tout son argent à la guerre et rien qu'à la guerre. Mais nous leur opposons notre tactique, notre artillerie merveilleuse et d'une supériorité écrasante à la bravoure légendaire du soldat français, son allant, son entrain, sa résistance au feu. Ce sont là des qualités maîtresses.

Avant hier nous avons enlevé dans le village voisin du lieu où je me trouve un dépôt que les Allemands entretenaient depuis deux ans sous le couvert d'une coopérative. Nous avons trouvé là dix mille kilos de chocolat, des réserves de vin et de vives. Naturellement nous nous sommes partagé tous cela avec plaisir et aujourd'hui encore nous buvons du vin destiné aux allemands. Il est d'autant meilleur.

Je vous disais que notre artillerie avait sur la leur une supériorité écrasante. Il y a quelques jours je me trouvais avec ma section soutien d'artillerie d'une batterie du 23ème. Je me suis d'autant plus intéressé au tir que c'est ton ancien régiment mon cher Papa. J'ai vu un tir merveilleux, faisant des ravages considérables dans les rangs ennemis. En un clin d'œil ils ont fait sauter une section de mitrailleuse allemande automobile. Quelques jours après, tandis que dans leur déroute ils essayaient d'embarquer des troupes sur une voie ferrée importante, notre artillerie a fait sauter tout le train et empêcher l'opération, semant partout la panique et cela sans jamais avoir été repéré. L'artillerie allemande au contraire fait beaucoup de bruit, mais peu de mal, le tir est mal réglé. Heureusement car le 10, et je suis resté 14 heures dans une tranchée sous le feu continuel des obusiers allemands. J'avoue que les heures ont été longues mais les hommes ont montré un sang froid et une énergie admirable. Personne n'a bronché. Tout le monde est resté à ce poste de devoir et d'honneur subissant avec courage un feu infernal. Grâce à cela nos pertes ont été réduites au minimum. Pour ma part, j'étais indemne bien qu'un obus ait éclaté devant moi. J'avoue que j'étais tellement calme et maître de moi qu'il ne m'a pas impressionné mais le soir j'étais bien content de sortir de notre tranchée. Le résultat de notre conduite et de notre résistance a favorisé la victoire éclatante que notre armée a remportée et que vous avez appris par les journaux. Le général a félicité officiers et soldats dans un ordre du jour disant que tous nous avons bien mérité de la patrie et le chef d'état major a félicité particulièrement ma compagnie. Cela nous a fait beaucoup de bien après cette dure journée et j'avoue que je suis plus fier.

Depuis nous continuons notre marche victorieuse en avant et tous les jours nous refoulons un peu l'envahisseur qui a souillé notre sol. Bientôt nous aurons débarrassé notre belle France de cette horde orgueilleuse et brutale de cette maudite race sanguinaire des Hohenzollern.

Malheureusement nos rangs se sont éclaircis et cela vous le voyez par les blessés qui passent. Déjà de nombreux camarades ont payé leur tribut, mais j'ajoute bien vite que nous avons surtout des blessés et des blessures légères, quelques uns sont déjà guéris et ont rejoint leur poste de combat.

Nous avons à peine 3% de pertes. C'est insignifiant si on considère les effectifs en présence. Dans ma section, sur 60 hommes, j'ai un homme tué et même ce n'est pas sûr , ses camarades ne peuvent l'affirmer et pourtant nous avons eu de rudes journées et de chaudes batailles.

Par suite des différentes disparitions, notre régiment se trouve un peu réduit et on a dû modifier un peu les cadres. Mon capitaine est passé adjoint au colonel et depuis 3 jours je commande la compagnie. Savez vous qui me remplace ? Labro, nommé capitaine comme plus ancien lieutenant du bataillon. Vous pensez si je suis heureux. Nous allons donc terminer la campagne toujours ensemble bien que nous nous soyons vu tous les jours jusqu'à présent. Mais maintenant ce sera encore mieux. Aujourd'hui nous faisons la noce au bivouac pour arroser les galons. Ce soir sous le gourbi, nous viderons une vieille bouteille et nous rirons un peu pour oublier et nous donner du cœur. Nous parlerons aussi des nôtre et de ce cher Souillac que nous reverrons ensemble avec tant de plaisir. Courage, confiance.

Les nuits au bivouac commencent à être fraîches aussi je voudrez bien que vous vous renseignez à la poste pour voir s'il est possible de m'envoyer par la poste, un chandail de bonne laine bien chaude, et un bonnet de nuit et des chaussettes de laine forte. Vous pourriez faire 2 paquets, voyez avec la poste.

J'arrête la ma causerie car je dois vite m'occuper d'un travail qui m'arrive.

Ma santé est parfaite, soyez sans inquiétude, courage, confiance. Meilleurs baisers de celui qui pense à vous tous. Paul. De bien gros baisers pour mon Clairon et mon Jeannot.

 

22 septembre 1914. Mon cher Petit. Je viens de recevoir ta lettre du 11. Elle m'a fait beaucoup plaisir par les bonnes nouvelles qu'elle m'apporte de tous mais je suis navré des inquiétudes et des angoisses par lesquelles vous êtes passées par suite du manque de correspondance de moi du 25 au 11. Il ne faut pas s'alarmer ainsi, toutes mes lettres sont appelées à subir des retards. Je comprends bien votre inquiétude mais je voudrais que dans ces moments vous redoubliez de courage pour attendre avec confiance mes lettres.

Je suis heureux que Vayssierre vous ait donné de mes nouvelles. Je l'ai en effet rencontré le 4, alors que j'étais à l'avant garde du corps d'armée et qu'il partait sur une gare régulatrice pour être évacué. Il a pu vous donner quelques renseignements sur nos premiers combats et la région où nous opérons. Depuis, notre théâtre d'opération a changé et vous n'avez pas pu savoir par lui les phases les plus intéressantes de notre nouvelle marche, car Vayssierre n'a pas assisté à notre victorieuse offensive. Je le regrette, car que de belle chose il ait pu vous dire, mais de vive voix je vous les dirais un jour, lorsque nous serons réunis à la table de famille. J'étais en parfaite santé lorsqu'il m'a rencontré et depuis je suis toujours resté très bien. Ayez confiance, restez fort et courageux. L'avenir nous sera favorable.

J'ai été bien heureux d'apprendre que maman Hélène allait venir passer quelques jours à Figeac auprès de toi et de Jeannot. Cela me fait bien plaisir. Ces quelques jours lui feront le plus grand bien et tu me feras plaisir de la retenir le plus longtemps possible. Après Alex et les enfants viendront ainsi les journées passeront plus rapides et moi je serai bien heureux de vous savoir réunis. Le vaguemestre n'a pas pu encore me donner de réponse au sujet du mandat que je t'adresse aussi ma lettre du 20 n'est pas encore partie. J'espère avoir une réponse aujourd'hui et je ferai parvenir les deux lettres ensemble.

Je suis très heureux des nouvelles concernant les affaires et cela me fait bien plaisir.

Belhomme est toujours avec moi sain et sauf et nous sommes toujours de bien bons amis. J'espère recevoir bientôt une longue lettre de Papa.

Adieu mon cher Clairon, de tout cœur je t'embrasse de mes meilleurs baisers à partager avec tous mes parents et un très gros pour notre Jeannot. Encore un gros baiser. Paul. Je t'envoie inclus un mandat poste de 200 frs accuse-moi réception de suite par lettre.

 

Au bivouac, 24 septembre 1914. Mon cher petit Clairon. J'ai reçu aujourd'hui tes lettres du 7 et 13 et c'est toujours pour moi une joie nouvelle et plus grande de lire tes longues lettres e vos bonnes nouvelles qui sont mes seules consolatrices si douce et si puissantes que mon impatience devient plus grande de les recevoir mais je suis raisonnable.

Je reste très peiné de toutes vos angoisses bien légitimes, il est vrai devant l'absence de lettres de moi. Allons mon cher Clairon du courage, du courage, ma chère petite femme, il en faut encore et toujours beaucoup. Les heures pénibles d'attente déçue se renouvellent souvent au cours de la campagne. Il faut savoir les affronter avec résignation. Mise dans les caresse de notre fils, les affections de nos chères parents, dans notre amour si grand et si fort, une source toujours nouvelle d'énergie et de force pour attendre patiemment avec confiance l'heure tardive du courrier qui t'apportera toujours d'heureuses nouvelles de celui qui ne pense qu'à vous. Tu sera forte mon Clairon, tu auras confiance, tes prières t'aideront et tu ne te laisseras plus aller au découragement qui te fatigue et me trouble profondément. Confiance, toujours confiance. Va mon cher petit, je te reviendrai et nous serons heureux et nous nous aimerons encore plus.

Depuis mon entrée en campagne, depuis mon baptême du feu, j'ai vécu bien des heures terribles, j'ai connu toutes les fatigues, toutes les privations toutes les dures nécessités de la guerre et tandis que les balles sifflaient à mes oreilles tandis que la mitraille infernale fauchaient autour de moi mes braves soldats, j'ai toujours pensé à vous avec confiance, avec l'espoir de vous revoir, malgré et contre le danger ou la mort qui planait autour de moi. Je ne suis jamais aller au combat sans embrasser ta photo et celle de notre Jeannot simplement comme je vous embrassais avant de partir au travail et je suis sûr que c'est cette pensée, cette confiance et vos prières qui m'ont protégé et qui me protégeront encore dans les combats futurs.

Pendant le combat, au milieu du danger, j'ai passé des heures d'émotions très douces et réconfortantes à penser à vous, à toi ma chère petite femme si bonne e t si douce, si forte et si résignée qui trop jeune connaît de cruelles angoisses, à toi mon cher petit Jean, toi qui ne comprends pas encore mais qui saura plus tard que ta petite mère à verser bien des larmes en te berçant, attendant le retour de ton père qui défendait ta vie tes droits et ta liberté. Puisses tu jamais n'oublier cela, mon cher petit.

J'ai pensé à vous beaucoup mes chères parents vous qui m'avez élevé, vous qui avez sacrifié votre vie pour la mienne mais soyez récompensé, vous avez fait de moi un homme et un soldat dont vous n'aurez pas à rougir et qui saura vous défendre.

J'ai pensé à vous mes autres parents, très chers aussi, vous qui m'avez donné la plus délicieuse des femmes, le meilleure des épouses et la plus douce mère que je pouvais rêver pour mes enfants.

Combien toutes ces pensées m'ont soutenu, combien je me suis senti plus fort lorsque toutes vos images également chères sont revenues souvent me visiter.

Ainsi, il faut faire lorsque le découragement vous gagne ainsi vous serez plus forts aussi, et vos prières aidant la guerre se terminera par la plus grande gloire de nos armées et je vous reviendrai heureux et fier du devoir accompli pour reprendre ma place au foyer.

Depuis quelques jours nous sommes dans un calme relatif et la plus grande partie de nos journées se passe en douce somnolence dans les tranchées d'où je vous écris du reste.

Notre adversaire semble fatigué ou avare de munitions. Peut-être parce qu'elles commencent à lui faire défaut ou on n'entend plus que quelques coups de canon inoffensifs que nous saluons avec le calme et le mépris du vieux troupier aguerri par 2 mois de campagne bientôt. Malgré les retranchements formidables qu'ils occupent, nous avançons tous les jours un peu et j'ai le ferme espoir que nous reconduirons dans sa tanière et à coup de botte, cette bête immonde qu'on nomme allemand.

J'ai appris avec plaisir votre dévouement pour ces braves émigrés belges. Je suis heureux de ce que vous avez fait car moi j'ai été bien reçu et bien traité dans cette fidèle Belgique qui nous a donné un bel exemple héroïsme. J'ai appris aussi avec plaisir la touchante réception que vous avez faite à nos blessés. Ces braves gens ont payé leur tribu à la patrie ils ont droit à toutes les attentions. Vous avez bien fait. Partout on le gâte ainsi. J'ai reçu déjà quelques lettres de mes hommes blessés, évacués sur les hôpitaux. Ils sont tous heureux et tous manifestent le désir de revenir bien vite reprendre leur place à mes côtés.

Mr Artigue a raison en te disant que toutes les blessures sont légères, j'ai eu bien souvent l'occasion de m'en rendre compte, car plus d'une fois j'ai ramassé des camarades le soir d'une rude bataille.

Donc ne t'affole pas si par hasard cela m'arrivait. Autre chose, si je viens à être blessé, aussi légèrement que ce soit, je demanderai à être évacué sur Figeac et cela me sera accordé. Pour plus de sûreté, demande à Vizerie une fiche avec le cachet de la croix rouge et portant mon nom à l'hôpital d'évacuation de Figeac. Beaucoup de mes amis en ont reçu ainsi. Je voudrais aussi que tu m'envoie par la poste du chocolat. Dans chacune de tes lettres met moi une feuille de papier à lettre et une enveloppe. Dans ton prochain envoie 2 cahiers de papier à cigarettes Job à 0,10.

J'arrête ma causerie d'aujourd'hui. Je t'embrasse de tout mon cœur avec mon Jeannot. Embrasse bien pour moi tous nos chers parents, Alex Jeanne et Lulu et pour toi et Jeannot encore deux en plus de gros baisers. Paul.

 

Le 25 septembre 1914. Mon cher Clairon. Reçu tes cartes et suis heureux que tu aies eu de mes nouvelles par blessés de ma compagnie à la date du 8. J'espère que depuis tu as reçu plusieurs lettres ou cartes de moi. Ma santé est parfaite. Apprends avec plaisir que Jeannot ne souffre pas trop pour percer ses dents. Suis surtout heureux qu'il soit polisson. Je pense beaucoup à vous et vous embrasse de mes meilleurs baisers. Ton petit mari. Paul. Baisers à Papa et Maman.

 

25 septembre 1914. Mes bien chers Parents. La longue lettre du caporal du 16 et que je reçois ce jour m'a fait le plus grand plaisir. J'ai été bien heureux aussi des quelques mots ajoutés par Maman. Ces lignes de celle qui fut pour moi une si bonne mère, si dévoué et si douce ans toutes les périodes de ma vie ont pour moi à cette heure une influence très haute, très douce et si réconfortante. De tout mon cœur reconnaissant, je la remercie comme je remercie papa de ses longs détails et de ses bonnes paroles qui me donnent tous les jours plus de courage. Oui je vous reviendrai chers bons parents, je serai rendre à votre bonne affection plus grand, plus fort par la satisfaction du devoir accompli et vos vieux jours seront heureux au milieu de vos enfants de vos petits enfants et vous pourrez rester fier de votre fils.

Je regrette que mes lettres ne vous parviennent pas et je suis très peiné es angoisses qui en résultent pour vous et pour Claire. Je vous écris le plus souvent possible mais le vaguemestre ne nous touche pas tous les jours et mes lettres traînent sans doute quelques jours. Depuis quelques jours je reçois assez vite les vôtres. Je suis très heureux que vous ayez eu de mes nouvelles par des blessés de ma compagnie ou par le gendarme Veyssandier ou Mr. Bouhaben. Le 8 était en effet le second jour de la grande bataille qui s'est terminée par la victoire éclatante que vous savez. Nous avons à ce jours pas mal de blessés de ma compagnie, mais des blessures légères. J'étais sain et sauf le soir de la bataille et je le suis encore du reste. Il est vrai que j'ai reçu un éclat d'obus qui a déchiré ma vareuse mais cet éclat a eu la bonne idée de s'arrêter dans la boîte à talc que j'avais dans ma poche et je n'ai pas eu la moindre égratignure. Je suis protégé. L'autre jour, j'ai eu mon étui à lorgnette enlevé par un éclat et le lendemain l'étui que j'avais pris pour le remplacer a été traversé par une balle. Maintenant je suis assuré et je crois que je suis bien baptisé et que je peux continuer avec confiance.

J'ai appris avec plaisir que vous receviez en garde un enfant d'émigrés belges. Je sais qu'à la maison il sera bien soigné et gâté. Nous devons cela à ce vaillant petit peuple qui nous a donné un si bel exemple d'héroïsme. Nous le devons d'autant plus que j'ai été bien reçu chez eux. Je me souviens d'une ferme belge où je demandais un verre d'eau un jour de forte chaleur et il me fut donné un grand bol de lait et une tartine de beurre. Je me souviens aussi que c'est chez eux que j'ai reçu le baptême du feu.

J'ai appris avec plaisir les nouvelles concernant les affaires et je remercie Papa de me tenir au courant espérant recevoir toujours de bonnes.

J'ai répondu à Elie mais je n'ai reçu qu'une lettre de lui. J'ai de bonnes nouvelles de Claire et de mon Jeannot et heureux de vous savoir en bonne santé. Confiant dans l'avenir je reste plein d'entrain et de courage pour continuer à faire mon devoir. Je suis très sensible aux félicitations de Papa mais je n'ai fait que mon devoir.

De tout mon cœur je vous embrasse avec Alex, Jeanne et Lulu. Votre fils dévoué. Paul.

 

29 Septembre 1914. Nous soussignés, Roudié Fernand, sous lieutenant de réserve à la 12ème compagnie du 83ème régiment d'infanterie, Labarière Joseph et Laborde François, soldat réserviste de la dite compagnie, certifions avoir trouve le lundi 28 septembre 1914, sur le champ de bataille de Perthes, à 2 km environ de ce village, le cadavre de Alexandre Paul Lascombes, sous lieutenant de réserve à la 209è compagnie d'infanterie 19è compagnie domicilié dans la vie civile à Souillac (Lot). Considérant qu'il est du devoir de tout officier de faire ensevelir un camarade tombé au champ d'honneur et d'exécuter si possible ses dernières volontés, nous avons fouillé puis enseveli le sous lieutenant Lascombes.

Comme le stipule son testament, daté du 21 Avril 1914, nous avons pris son anneau, sa montre, son porte feuille, son revolver, son porte monnaie et l'enveloppe contenant son argent dans l'intention de remettre un jour ce dépôt sacré à Madame Paul Lascombes. Le sabre, probablement emporté par les ennemis comme trophée n'a pu être retrouvé.

La somme trouvée sur lui s'élève à 256,95 Frs (deux cent cinquante six francs et quatre vingt quinze centimes) ; elle sera remise à Madame Lascombes en même temps que les objets précités.

La cantine à bagages devant être expédiée par les soins du corps, les exécuteurs testamentaires soussignés ne s'en occupe pas.

Dans le but que la famille puisse retrouver le corps du défunt, si elle désire le faire exhumer, les sous signés ont sous la direction du Capitaine Arlie commandant de la 12ème compagnie du 83ème marqué d'une façon très précise le lieu de la tombe. Cette dernière est creusée sur le bord Nord de la route de la voie romaine à Hurlus dans une petite lisière d'arbres à 2 Km environ sud-ouest de Perthes (Marnes). Quatre pins l'encadrent, tous marqués d'un coup de haches sauf celui du nord qui est brisé à 1m environ du sol.

Une petite croix rustique marque le lieu de la tête, là où a été placée la petite médaille de N.D. trouvée dans le porte feuille du défunt. Si les indications précédentes ne sont pas suffisantes, Mr le Capitaine Arlie soussigné se fera plus tard un pieux devoir d'indiquer le lieu de la tombe à la famille. Dans l'espoir qu'à l'occasion un camarade nous rendra le même pieux service, nous adressons à la famille française éprouvée un souvenir attristé et dressons le présent certificat.

Fait sur le champ de bataille de Perthes, le 29 septembre 1914

Signés Roudié, Labarrière, Laborde

Certifie conforme et véridique

Le capitaine commandant la 1éème compagnie signé Arlie.

 

29 septembre 1914. Monsieur, Quelques pénible que soit la mission que je viens remplir auprès de vous étant enfant de Souillac et ancien camarade d'école d'Elie Gauch, il est de mon devoir de ne pas garder plus longtemps la triste cérémonie que mon sous lieutenant a accompli ce matin.

Il vous faut du courage et je n'ignore pas que le courage civique ne le cède en rien au courage militaire et que vous en aurez car vous venez de payer une large dette à la patrie.

Hier soir sous mon ordre mon sous lieutenant à fait une reconnaissance sur une partie du champ de bataille qui avait été qui avait été suivi par la 209ème et il a rencontré le corps d'un sous lieutenant mort, touché d'une balle à la tête, face à l'ennemi. Il a relevé son identité et son origine de Souillac l'a frappé n'ignorant pas que j'en suis moi-même. Il est venu le cœur plein d'angoisse me faire-part de sa découverte. Etreint par la crainte de trouver un ami, je me suis rendu sur les lieux je n'ai pas été convaincu par sa physionomie et j'ai cherché ses papiers et dois je vous le dire que c'est dur de dire mot à un père, pourtant Dieu l'a voulu : le sous lieutenant Paul Lascombes est tombé mort au champ d'honneur, que sa famille éplorée soit fière d'un tel héros. Ce matin achevant ma pénible tâche, je lui ai fait creuser une modeste tombe entre 4 pins dont celui qui est au Nord n'a que 1m50 de tronc, portant chacun une entaille de reconnaissance. Entre les 4 pins une croix de bois indique aux passant que là dort en paix un enfant de Souillac, un brave mort pour la Patrie.

J'ai recueilli de ses poches ses papiers, son testament, sa montre, son anneau, son porte monnaie. Le tout vous sera adressé lorsque le Dieu de la guerre nous aura permis de quitter les tranchées dans lesquelles nous sommes enfermés.

Si partageant son sort, je ne pouvais de vives voix vous dire le lieu où il repose le voici :

De Hurlus (marnes un chemin de terre se dirige vers l'ouest ¼ ouest coupe le chemin de Perthes à Somme Luippes, ensuite la voie romaine et abouti à la route de Luippe à Perthes. A 2 km environ de Hurlus, à droite, à la lisière d'un bois entre 4 pins dort votre cher enfant

 

Croquis

 

 

Un croquis de mon sous lieutenant nous précisera mieux l'endroit.

En ce moment je crois ma mission terminée et permettez-moi de vous présenter toutes mes sincères condoléances avec l'admiration qui est dû à tout homme qui fait son devoir. Signé Capitaine Arlie. Je joins à ma lettre mon testament le V.V. fait par mon sous lieutenant et les deux hommes qui ont procédés à son inhumation.

 

Suippe, le 19 janvier 1915. Madame Gauch. Comme votre frère était mon lieutenant depuis mon arrivé au 209ème et pays en même temps je m'étais obligé a vous donner des renseignements aussitôt que j'aurais pu pour l'emplacement ou il repose.

Mais cela était impossible car le jour du 26 septembre nous avons été obligé de reculer………transporter sur les lieux car les obus et les balles y tombaient incessamment.

Le 17 janvier, j'ai appris qu'on pouvait circuler sans trop de danger et alors je me suis porté sur le terrain et j'ai pu reconnaître l'endroit ou mon cher lieutenant reposait. En revenant de sa recherche, j'ai rencontré un de mes amis nommé Faurie qui lui avait aidé à gravir une petite cote lors de sa première blessure qui me dit ; tiens voilà la sœur de notre ancien lieutenant qui vient de m'adresser cette lettre pour lui donner des renseignements au sujet de son frère alors lui à son tour a voulu que je l'accompagne pour lui faire connaître l'endroit où il était.

Si j'ai le bonheur de revenir, je m'engage à vous amener à l'endroit même.

Au cas où je viendrais à être tué vous n'avez qu'à aller à Suippe, departement de la Marne et demander le village de Pertes il est au sud de ce village sur le bord de la voie romaine qui va de Reims en Alsace à 2 ou 3 mètres environs avec une croix et une plaque en zinc portant ces pots

 

Ici repose
Paul Lascombe
Lieutenant au 209ème d'infenterie
Tué à l'ennemi
26 septembre 1914

 

 

Voilà mon adresse : Jean Sirey au 209ème, 23ème compagnie par Agen Lot et Garonne. Je suis de la commune de Lanzac.

  Lundi 18 janvier 1915. Madame. C'est hier que j'ai reçue votre lettre alors je m'empresse de vous répondre. Ce matin aussi je me suis empresser de me porter a landroi ou mon cher lietenent repose pour pouvoir voir renseignés de landroi est pour vous donnes tous mes plus precie renseignements et la marque elle ne seffacera pa ou il y a une croi soigneusement faitte ou une plaque de fer blanc painte et son nom graves.

Le matin du 26 deptembre après avoir passer toute la nuit lun a coté de lautre lennemi delanca surnous . Alors au bruit de cette grêle de balles il nous a fallut nous repliez alors tout le monde état partit moi je me trouve le plus derniez ou je rencontre mon lietenent et me disant faurie venés a mon secours je suis perdu. Il était blessé à la jambe droite alors je le prend ou j'ai fait tout mon possible nous arrivons presque a labrit ; il me manque vint maitre le plus. Une seconde lui arrive derrier lepaule droite ou il la blesser mortellement et sa derniere parole a était " mon pauvre Faurie je suis mort ". J'ai esseyer de le relever il était m___ et moi le bonheur a était de me soves malgrès cette fattale tampettes et alors

Madame

Jaistime prendre part a votre peine si douloureuse. Reccevez madame tous mes sincère et simpathi bonjours. Faurie Baptiste.

Voilà lecrit quil y a sur la croix

Paul Lascombes
Lieutenant 209ème
Tué à l'ennemi
Le 26 septembre

Le lietenant Lascombes a était ensevelit sur la route romaine environ 2 metres de la route a gauche en venant de Suippe a a 7 kilometres environ et 1k d'Urlus au bois des paillottes.

Somme, Sieppe, le 23 novembre 1914 ; Monsieur Segond (père de Claire Lascombes). J'ai pu joindre le Lieutenant Roudié qui avait signé le procès verbal d'inhumation de Mr Lascombes. Les renseignements très précis qu'il m'a fournis m'ont permis de le champs de mes recherches et de découvrir ainsi la tombe de votre gendre regretté.

Ainsi que le fixe mon croquis, elle est placée à la lisière du bois, coté gauche du chemin qui relie la route de Sieppe à Perthes au village des Hurlus. Le chemin coupe la voie romaine à 200 mètres environ de son point d'origine. L'erreur du premier croquis fourni par l'autorité militaire était la figuration d'un chemin de Somme-Suippe à Perthes invitant ou tout au moins qu'il ne saurait constituer un point de repère suffisant surtout en ce moment où le terrain battus par des charrois incessants possèdent des voies de communication aussi nombreuses qu'irrégulières.

Je vous donne également un croquis indiquant la disposition exacte de la tombe. Pour déterminer plus aisément les recherches, j'ai fait faire une crois de bois blanc sur laquelle est fixée une plaque portant

Ici repose

Paul Lascombes

Sous Lieutenant 209è d'infanterie

Tué à l'ennemi

Le 26 septembre 1914

Je suis allé la placer moi-même à l'emplacement de la croix rudimentaire du début formé par deux simples morceaux de bois entrecroisés ne portant aucune inscription. Le nom de Mr Lascombes figurait sur deux des pins entourant la tombe.

Trop heureux d'avoir pu vous donner satisfaction, je vous prie de transmettre à Mme Lascombes mes condoléances sincèrement attristées et à Mme Segond mes hommages respectueux. R. Caillié.

 

Somme, Suippes, le 6 décembre 1914. Le Lieutenant-Colonel Viard, de l'Infanterie Coloniale, Commandant le 209è Régiment d'INFANTERIE 0 Madama Lascombes à Figeac (Lot). Madame, En réponse à votre demande du 27 Novembre 1914, j'ai l'honneur de vous informer que les objets personnels dont Mr le Capitaine Orlu du 83ème de ligne vous a envoyé l'inventaire ont été expédiés au dépôt d'Agen, le 12 novembre dernier.

Je suis en même temps heureux de vous donner copie de la citation à l'ordre du jour de l'armée concernant la belle conduite du regretté Lieutenant Lascombes que j'ai soumise à l'approbation du haut commandement.

" Bléssé à la jambe droite le 26 septembre devant Perthes les Hurlus, rallie par ses appels les hommes de sa section débandée et meurt d'une balle reçue en pleine poitrine "

En exprimant l'espoir que la reconnaissance d'une aussi haute attitude soit consacré officiellement, veuillez me permettre, Madame, de déposer à vos pieds l'hommage de mon admiration attristée.

Le Lieutenant Colonel, Commandant de la 209ème d'Infanterie.

 

Acte de décès

N°4 du registre

 

L'an mil neuf cent quatorze, le 20 septembre à huit heures du matin, étant sur le champ de bataille acte de décès de Lascombes Alexandre Paul sous lieutenant au 209ème Infie ; né le 26 septembre 1889 à Souillac (Lot) domicilié en dernier lieu à Souillac décédé sur le champ de bataille de Hurlus le 26 septembre dans la nuit, fils de François et de Bouygues Hélène.

Conformément à l'article 77 du code civil nous nous sommes transportés auprès de la personne décédée et assurés de la réalité du décès.

Dréssé par nous Darbier Charles sous lieutenant au 209ème, officier de l'Etat-civil sur la déclaration de Faurie Baptiste, soldat et de Alciet Henri, sergent-major témoins qui ont signé avec nous après lecture.

 

1er témoin 2ème témoin l'officier de détails

signé Faurie signé Alciet signé Barbier

 

Sans date probablement entre le 5 et 10 octobre 1914. Madame, En rendant les derniers devoirs à notre cher camarade le sous Lieutenant Lascombes, tombé au champ d'honneur, je n'ai fait que mon devoir et rien que mon devoir. A son épouse éplorée et a ses chers parents, je leur adresse nos condoléances les plus émus. Le sacrifice qui vous est imposé est grand et pénible, la mort glorieuse de notre cher mari peut seule atténuée la douleur de votre cœur meurtri. Mille fois merci de vos bons vœux, soyez assuré madame, que la paix signée, si je reviens de cette épopée, je me ferai un devoir d'accompagner les membres de votre famille pour aller chercher le corps de votre époux, promesse que j'ai faite à votre beau-frère, mon camarade Elie Gauch en réponse à son aimable carte.

Madame, si je n'ai répondu plus tôt à votre lettre de remerciement du 17 dernier, j'attendais les résultats photographiques de l'endroit où il repose, permettez moi de vous en adresser une vue bien qu'imparfaitement réussie je n'ai pas voulu attendre une nouvelle épreuve si les circonstances de la guerre nous maintiennent encore longtemps dans les mêmes tranchées, pourrons nous peut-être obtenir une photographie meilleure, je me ferai un devoir de vous l'adresser.

Je suis désagréablement surpris que vous n'ayez pas encore reçu les souvenirs recueillis sur lui. Ils ont été empaquetés et remis par mon sous lieutenant au 209ème de son corps d'origine, lequel était chargé de vous en faire l'envoi. Au reçu de votre lettre, je me suis renseigné à ce sujet auprès de ce régiment. L'officier de détails m'a affirmé avoir fait l'envoi vers le 10 Octobre je verrez encore vous avez reçu ce précieux paquet. Dans le cas contraire pourriez vous adresser une demande au colonel du 209ème pour avoir confirmation de l'expédition. Veuillez agréer, Madame Lascombes, pour vos beaux-parents et pour vous l'assurance de mes sentiments dévoués et respectueux. Agle.

  Souillac, le 5 octobre 1914. Bien chère Claire ? Vous venez de connaître la terrible nouvelle que nous a brutalement apprise hier à midi par la lettre du Capitaine Arlé. Notre cher Paul est mort au champ d'honneur, nous pleurons un héros et un martyr de la sainte cause. Oh Claire je ne trouve pas de consolations à vous adresser je ne peux que vous renouveler en cette douloureuse circonstance mon affection et vous dire que vous serez toujours ma chère sœur que sur vous je reporterai l'affection que j'avais pour mon frère chéri et que votre cher Jeannot sera mon troisième enfant, vous me permettrez bien d'être aussi un peu sa maman à ce cher petit que notre amour remplace un peu celui de son noble père.

Papa et Maman sont anéantis par la douleur Oh que nous sommes malheureux c'est encore pour nous une petite consolation de savoir la main pieuse d'un souillagais l'a enseveli, marqué sa tombe et que nous pourrions avoir ses restes. Beaucoup ne l'auront pas. Notre cher Paul pourra revenir reposer à Souillac qui avec nous pleure son enfant. Toute la ville a défilé à la maison et a mêlé ses larmes aux nôtres. C'est la fine fleur de Souillac qui est partie dit-on. C'est le plus brave enfant, que de sympathie nous avons, que de regrets il laisse. La maire nous a dit que son nom aller être mis sur une plaque de marbre au dessus de celui du Capitaine Clavel. Ils ont eu tous les deux la même mort glorieuse, frappé au front face à l'ennemi. Que notre douleur soit mélangé de fierté supportons le courageusement en nous aimant bien tous. Pensez chère Claire à votre cher Jeannot, vous vous devez à lui, soyez forte dans la cruelle épreuve qui vous atteint.

Dés que vous le pouvez, venez et conduisez-nous Jeannot. La vue de ce cher petit fera tant de bien à nos chers parents. Mr Bizac a bien voulu se charger de la triste mission………

…….pas comment vous avez appris la nouvelle qu'il avait été blessé. J'ai voulu vous téléphoner, il devait y avoir quelque chose de dérangé, on n'a pu avoir la communication, si je peux dans la journée je le ferai. Mr Vigerie est ici, il part à 2 heures, je vais lui envoyer cette lettre qui vous parviendra ainsi plutôt.

Papa et maman se joignent à moi pour vous embrasser bien affectueusement, bien douloureusement. De gros baisers à notre cher petit Jean, bonnes caresses des enfants qui pleurent bien leur cher tonton Paul. Tendres baisers, votre sœur dévouée. Alex.

 

Figeac, le 30 novembre 1914. Ma chère Clairette, ta bonne lettre reçue ce soir nous donnant de bonnes nouvelles de ton voyage et de votre bonne santé à tous, nous a fait plaisir et je suis heureux de te dire que je suis rentré hier matin à 10 heures en bonne santé. Papa est heureux de penser que petit Jean a pensé à lui en se réveillant et nous somme content de penser qu'avec ce beau soleil il pourra promener au grand air . Jeanne et Lulu doivent bien jouer avec lui et je crois qu'elles pourront constater qu'il est devenu polisson.

Nous avons reçu de Mr Caillé une lettre que nous t'adressons pour que tu la communique à la famille. Dans une lettre qu'il écrit en même temps à ses parents, monsieur Caillé explique toutes les précautions qu'ils ont été obligés de prendre pour arriver jusqu'à la tombe de notre pauvre Paul. Les allemands occupant encore Perthes faisaient à chaque instant pleuvoir de la mitraille. Il a été obligé à plusieurs reprise de se cacher pendant quelques temps. Ton père lui a écrit pour le remercier d'avoir eu la délicatesse et l'affectueuse attention de placer la croix qu'il avait fait faire et lui dit toute notre reconnaissance.

Nous t'envoyons aussi une lettre de Mme Delaire reçue en même temps que celle de Mr Delaire . Embrasse bien fort Jeanne et Lulu. A Madame Gauch et à Mr Lascombes notre bon souvenir et pour toi et Jeannot tous nos meilleurs baisers. Mme Gauch a t elle de bonnes nouvelles de Mr Gauch ? Mon amical bonjour à Mme Leymarie ainsi qu'au famille Lafarges et Rouland. Encore un baiser à tous les deux. Segon ? ? ?

 

Souillac, le 11 janvier 1915. Chère Claire, Nous venons de recevoir votre lettre et nous avons lu avec plaisir les bonnes nouvelles et celle de Jeannot. Il faut espérer qu'il conservera ses bonnes habitudes, se réveillera tard et sera plein d'entrain toute la journée. Il va devenir de plus en plus intéressant et polisson. Ainsi il le faut bien pour qu'il soit un vrai garçon.

J'avais l'intention de vous écrire aujourd'hui pour vous parler de la visite que nous avons eue hier.

Mr Labro est arrivé samedi soir au dernier train pour 24h. Il est reparti hier soir à 7h40. Il est venu nous voir dans l'après midi. Nous avons été émus en voyant le compagnon d'arme de notre cher disparu. Mais ça a été une satisfaction de pouvoir causer avec lui. Voici ce que Mr Labro nous a raconté du combat du 26. Notre pauvre Paul avait été envoyé à une heure du matin pour renforcer avec sa section la 20ème compagnie qui se trouvait dans la tranchée la plus avancée.

Les sentinelles ayant été surprises et n'ayant pu donner l'alarme nos pauvres soldats ont été surpris par des forces considérables ; c'est le 160ème régiment prussien qui attaquait. La mêlée a été terrible. Labro était à 500 mètres de Paul. Il nous a dit nous nous sommes reveillé au milieu des casques à pointes. Vous savez comment il a échappé. Il est revenu aucun homme de la section de Paul. Ce sont des échappés de la 20ème compagnie qui ont pu donner ces détails. Mr Labro vient d'en voir un a Agen qui lui a dit que notre pauvre Paul avait été foudroyé par une balle dans la tête. Il y aura après la guerre une enquête sur ce combat du 26 septembre. On prépare des rapports, les officiers survivants seront appelés en conseil de guerre. Il y a eu une fautes. Les ….. aurait du être éclairé et fuoillé par l'artillerie avant d emettre un régiment au poste de combat. S'il y a des sanctions, elles ne rendront pas les disparus mais il est juste que s'il y a des coupables qu'ils soient punis

Mr Saha a paru surpris que les objets personnels aient été renvoyés au ministère de la guerre il va demander pourquoi on l'a fait. C'est peu être à cause du carnet mais dit-il s'il était resté à Agen on aurait pu l'avoir. On l'a rendu à Mme Capot-Rey sous la foi du serment.

Tous ces carnets de route contiennent des renseignements que tout le monde ne doit pas connaître des fautes y sont relatées et les souffrance endurées pendant la retraite. Mr Laho nous a dit qu'ils avaient bien souffert que maintenant on ne pouvait rien dire mais qu'après tout cela se réglerait. Nous avons demandé à Mr Laho de vouloir bien nous faire une note des principales étapes depuis le départ d 'Agen et les combats auxquels ils ont pris part si nous ne pouvions pas avoir le carnet nous saurons au moins quelque chose concernant la campagne. Il nous a dit que tous les soir ils faisaient leur carnet ensemble sous le gourbi à la lueur d'une lanterne, ils s'étaient fait mutuellement quelques recommandations. Mr Laho nous a demandé si notre pauvre Paul nous avait exprimé par écrit son désir sur le lieu de sa sépulture, en ayant dit que non, il nous a dit que c'était son devoir de nous transmettre la recommandation qu'il lui avait faite, si l'on peut retrouver mon corps, lui avait il dit, je désire qu'il soit transporté dans le cimetière de Souillac à coté du Capitaine Clavel. Nous avons dit à Mr Laho que son désir serait exaucé et que nous étions heureux de le connaître afin de pouvoir ramener notre cher disparu dans le lieu qu'il a choisi. Je crois qu'il y a une place à coté du capitaine Clavel, il me semble que je l'ai remarqué à ma dernière visite que c'était la dernière tombe de l'allée qu'après il y avait plus rien ; mais nous allons nous en rendre compte, il serait peut être pressant d'arrêter cette place de suite en cas que d'autres la prenne. dans votre prochaine lettre vous nous donnerez votre avis..

Mr Laho nous a dit que lorsque l’ennemi serait repoussé à 60 ou 70 Km nous pourrions aller faire mettre notre pauvre Paul en bière et que si nous voulions le faire transporter à nos frais nous le pourrions. Il avait fait ensevelir un sous lieutenant de sa compagnie à la Sertine. Sa femme est allée les jours derniers le chercher, son père étant employé des chemin de fer elle a eu une réduction de transport. Dès que l’ennemi sera repoussé nous pourrons prendre des mesures. Espérons que ce sera bientôt. Mr Laho s’est mis à notre disposition pour tous les renseignements dont nous aurons besoin. Il rentre de nouveau à l’hôpital, son bras a été mal arrangé, il faut une nouvelle opération il aura ensuite une convalescence et pense passer un moi ou deux à Souillac. Vous pourrez le voir à ce moment là et nous pourrons aussi causer plus longuement avec lui. Il nous a dit que pour les objets personnels c’était sûr que vous les auriez mais il craint pour le carnet. Vous verrez bien ce que le ministère vous répondra. Philippine était auprès de nous pendant la visite de Mr Laho. Elle était bien émue. Elle m’a chargé de vous transmettre ses amitiés.

Mr Laho nous a aussi chargé de vous transmettre ses respects, il nous a dit que tous les soirs le pauvre Paul ne se lassait pas de regarder notre photo et celle de Jeannot.

Nous n’avons pas reçu de réponse du Capitaine Arlie, nous l’auront sans doute bientôt à moins qu’il ait quitté l’hôpital. Voici son adresse ; Capitaine Arlie, 83è rgt d’infanterie, blessés collège Henri IV Béziers.

J’ai reçu hier de bonnes nouvelles d’Elie qui m’ont été apporté par le « Jules Ferry » qui est allé à Toulon se réparer. C’était une lettre supplémentaire qui m ‘a fait plaisir. Les réparations suivent le cours, qu’elles durent longtemps, c’est tout ce que je demande. Le temps est toujours épouvantable, vent et pluie, c’est réellement trop, de belles journées feraient tant de bien.

Vous allez vous remettre des fatigues causées par votre emménagement et comme vous le dite ce sera une satisfaction pour vous de vivre au milieu de vos chers souvenirs

Mr Laho nous a dit que les cantines étaient généralement pillées que celle du sous lieutenant qu’il avait fait ensevelir était parvenue à sa femme presque vide la sienne est arrivée en bon état et pleine parce qu’il savait qu’il n’était pas mort. Il ne faut donc pas être étonné du désordre de celle du pauvre Paul, il y a partout des gens sans scrupules.

Papa et maman se joignent à moi pour vous embrasser bien affectueusement, embrassez bien le cher petit Jeannot. Bons baisers de Jeanne et de Lulu. Amitiés à Mr et Mme Segonds. Bien à vous. Alex.

Souillac, le 23 janvier 1915. Chère Claire, J’ai reçu ce matin une lettre du soldat Baptiste Faurie. Je vous l’ai recopié en respectant l’orthographe. Pour la blessure, c’est la même version contenue dans la lettre de Mr Belhomme. Ce soldat dans son affolement ne c’est pas rendu compte où était la blessure. Lorsque nous avons parlé au Capitaine Arlie de la citation à l’ordre du jour mentionnant une blessure à la poitrine, il nous a répondu personne ne peut me contester la blessure à la tête à part celle de la jambe il n’y en avait pas d’autres au corps. Ce qu’il y a d’intéressant dans cette lettre ce sont les dernière parole de notre cher Paul. Il s’est cru perdu et a craint l’ennemi après sa blessure à la jambe, il a entrevu la mort après la seconde balle, mais tout cela a été court, la mort a été instantanée et il n’a pas eu les souffrance physique s et morales que d’autres ont pu avoir. Pauvre cher Paul il était prédestiné. Nous avons vu Mr Claret. Je lui ai remis la note concernant le terrain, il va s’en occuper. Il nous a dit qu’il espérait nous rapporter une réponse favorable.

J’ai eu à midi une lettre d’Elie, il va bien, il croit que les réparations ne seront terminées que dans la première quinzaine de mars. Il ne me parle pas de venir en permission. Maintenant que je lui ai dit ce que je pensais à ce sujet, j’attends sa réponse.

Il me dit qu’il a reçu votre affectueuse lettre. Ce que vous lui avez dit au sujet de ses enfants lui a fait plaisir. Comme il suit les opérations dans la région de Perthes, on lui a dit que c’était de ce point que partirait l’offensive générale pour repousser l’ennemi et le faire battre en retraite, alors notre cher Paul sera vengé.

C’est une satisfaction pour tous de savoir notre chère tombe bien marquée. Il y en a tant qui ne le sont pas. Nous avons eu hier soir la satisfaction de nous l’entendre confirmé par Sirey. Il était en permission depuis la veille. Il nous a redit ce que nous savions déjà. Ce garçon paraît très intelligent il a une physionomie très sympathique. Pour aller à la recherche de la tombe il a du demander la permission à son capitaine elle lui fut refusée la première fois, c’était trop dangereux. En janvier, on l’a autorisé il nous a montré l’autorisation. Il avait entendu parlé de la tombe par des soldats qui l’avaient vue. Il nous a dit « je voulais aller la reconnaître parce que le lieutenant l’aurait fait pour moi, il était si bon. Je voulais pouvoir vous donner des renseignements. Faurie étant allé lui montrer la lettre qu’il avait reçue et manifestant le désir d’aller à la tombe, ils ont demandé une autorisation et y sont allés. Ils ont fait une marque de reconnaissance à la croix et une petite entaille. Faurie a montré à Sirey la tranchée où ils étaient et la place où était tué notre cher pauvre Paul. Ils étaient aux avant postes dans la tranchée. La plus avancée lorsqu’ils ont aperçu l’ennemi.

Jeanne souffre aujourd’hui de fortes douleurs de ventre qui doivent être occasionné par le calomel. J’ai du réduire le nombre de paquets aujourd’hui. Elle souffrait trop, elle n’a pu prendre qu’une petite tasse de lait. Maintenant elle dort, ça la repose. J’espère que le docteur viendra ce soir. C’est bien ennuyeux de ne pas l’avoir ici.

Et Jeannot, que fait-il ? Toujours mignon, il doit s’ennuyer dedans si vous avez la neige comme nous l’avons. Embrassez le bien pour nous tous et recevez pour nous nos affectueux baisers, bons baisers de Jeanne et de Lulu. Amitiés à Mr et Mme Segond. Bien à vous Alex.

PS : J’écris au soldat Faurie pour le remercier. Sa lettre est bien celle d’un brave qui a fait tout ce qu’il a pu. Il a certainement su indiquer l’endroit où il avait laissé le corps mais lorsqu’on y ait allé le capitaine Arlie l’avait fait enlevé.

Lundi 15 mars 1915. Cher ami, Par cette carte lettre je viens vous annoncer la mort de mon ami Fauri celui qui était présent aux derniers moments de votre fils. Le pauvre malheureux a reçu le 12 Février un éclat d’obus qui lui a ouvert le ventre et a succombé par suite de sa blessure le lendemain. Maintenant de très grands combats sont à prévoir si je viens à tomber comme mon camarade Fauri pour tout renseignements au sujet de votre fils vous pouvez en obtenir par le fils Belhomm ; le père est sénateur au Lot et garonne. Bien à vous tous Sirey Jean.

Lt Colonel René VIARD. Le 4 Juillet 1915. Vos bonnes félicitations chère Madame, m’ont fait un très grand plaisir et je vous en remercie de tout cœur et n’oubliez pas je vous prie de me mettre à contribution si vous avez encore besoin de moi. Avec mes vœux les meilleurs pour vous daignez agréer, chère Madame, mes hommages respectueux. Viard.


Ministère REPUBLIQUE FRANCAISE

DE LA GUERRE

---------------- Paris le 25 Juillet 1915

Cabinet

Du Ministre

10163K

Madame,

Comme suite à ma lettre du 1er courant, j’ai l’honneur de vous informer que, d’après les renseignements fournis par M. le Général Commandant au 209ème Régiment d’infanterie, a été cité le 20 Mai dernier à l’ordre du Corps d’Armée avec le motif suivant :

« blessé le 26 Septembre devant Perthes à la jambe droite, rallie par ses appels les hommes de sa section débandée, les dispose en ordre de bataille et meurt frappé d’une balle en pleine poitrine »

Cette citation donne droit à la croix de Guerre. Recevez, Madame, l’hommage de mon respect. Pour le ministre et par mon ordre. Le Lt Colonel S/Chef du cabinet.

25 Juillet 1915. Chère Claire, Nous comprennons votre satisfaction d'avoir pu causer avec Me Caillé de notre chère tombe et de le remercier. Vous avez bien fait de lui faire part de notrez reconnaissance. Nous oublierons jamais son dévouement et nous serions heureux de pouvoir le remrcier un jour. Il nous a dit que Belhomme avait demandé des détails à Faurie et qu'il leur avait dit tous les deux: il faudra me conduire à la tombe mais qu'après ayant été secrétaire du colonel, ils le voyait moins souvent. Il nous a parlé de la retraite de la Marne.

Il est heureux d'être en permission, il repart Samedi. Il nous a dit: "maintenant si je suis tué, j'aurai vu Lanzac". Il nous a chargé de vous dire bien des choses.Il a dit: "j'aurais bien voulu voir Madame et le petit. Il en parlait tant.. Nous lui avons montré les photos. Il l'a trouvé beau. Pauvre petit a-t-il dit. Il était ému. On voit que c'est un garçon qui a du coeur. Il nous a promis de vous dire bonjour Samedi matin en montant à la gare. Nous l'avons gardé tard à 7h30. Nouis lui avons dit de diner, cela nous a permis de causer plus longtemps à 9h il repartait .

Il faut que je vous raconte son arrivée. Il n'avait pas averti son père, il est arrivé à la nuit. Son père était couché. Il apelle Sirey vous avez eu un veau qui s'est détaché. Le bonhomme se lève en disant que c'était impossible. Il voit ce soldat lui parler sans le reconnaître. Le fils s'est fait connaitre en lui disant c'est bien assez sans se reconnaître. Le tableau ne devait pas être ordinaire. Les allemands débordent de tous cotés. La lutte a été terrible. Sirey était avec le capitaine Capot Recy . Il avait voulu suivre mais il ne l'avait pas voulu. Il lui avait dit il vaut mieux que tu restes, tu seras mieux ici. Sirey était à coté du Capitaine lorsqu'il a été tué. Il vcenait de leur dire debout la 19 eme, voila les alboches. Sirey venait d'en tuer un qui était à 50 mètres. Lorque d'autres arrivant le capitaine fut tué et lui blessé à la hanche. Il pu se sauver à l'ambulance. Il a dit que ce jour là tous les officiers avaient bien fait leur devoir et étaient morts bravement. Il est venu quelques Souillagais. Tous vont bien. Ces retours renouvellent la douleur de ceux qui comme nous pleurent un être cher.

Tous disent que ce sera long.Il faut donc s'armer de courage.

Que fait Jeannot toujours mignon. Ce mauvais temps persistant le prive de quelques sorties, il doit faire des progès pour tout et devenir de plus en plus intéressant. Jeanne et Lulu vont être en vacances la semaine prochaine, il leur tgarde d'avoir un peu de liberté. Lulu aspire à rester plus longtemps au lit le matin. Elles en =voient de gros baisers à tous et supplémentaires à Jeannot, embrassez bien ce cher petit pour nous. Nos amitiés à Mr et Mme Segon. Recevez chère claire nos affectueux baisers. Alex.

Souillac, le 12 Septembre 1918. Chère Claire. Nous étions aussi de cœur avec vous lorsque les cloches de la victoire ont sonné. Notre pensée comme la votre est allée vers notre cher Paul. Qu’il aurait été heureux , la belle victoire qu’il avait rêvée est arrivée il en est l’artisan avec tous les braves qui comme lui ont versé généreusement leur sang pour la patrie. Ils sont tous bien vengé. C’est notre suprême consolation. C’est avec émotion que Papa a sorti les drapeaux C’est en pensant à notre cher disparu que nous les avons hissés pour le fêter lui et la victoire. Maman a voulu aller au cimetière. Nous avons porté des branches de laurier sur les tombes des soldats morts pour la Patrie, cela nous a rapproché de notre cher tombe que nous pourrons sans doute bientôt aller visiter. Edouard Bochil qui est arrivé du front ce matin a dit que pour la Toussaint toutes les tombes même les isolées ont été fleuries On devait aussi le faire hier.

Comme vous le dite on pourrait penser au caveau. Donnez vos instruction, on pourrait commencer l’intérieur, creuser, cimenter. A votre prochain séjour vous pourrez choisir le monument Si vous voulez occuper tout le terrain, faire un grand caveau, le terrain peut être pour huit . Papa prendra tout à sa charge si vous voulez bien lui réserver une place pour lui et maman.

Nous comprenons la joie de Jeannot, pauvre chéri, les cloches, les drapeaux, tout cela était beau pour lui. Il ne pouvait pas comprendre notre chagrin, ces journées seront gravées dans sa mémoire et plus tard il comprendra nos larmes son bon petit cœur sera ému en pensant à son cher Papa qui était mort pour que notre belle France soit sauvée.

Ce matin, nous avons lu les conditions d’armistice, elles sont dures. Quel coup d’assommoir pour ces bandits boches, Ca réjouit de voir qu’on les a si bien mater.

Comme partout, hier, Souillac a été en fête, il y a eu une manifestation. Je ne puis vous en donner les détails. Papa a eu son petit triomphe aux cris de vive Foch et Clémenceau se mêlaient ceux de vive Lascombes.

Souillac est unique. Vous aurez de la peine à croire que ce matin à 11h la gare n’était pas encore pavoisée. J’en était tellement indigné que j’ai interpellé le chef de gare intérimaire devant un messieurs que j’ai su après être l’inspecteur. Je lui ai demandé si nous étions en France ou en Bochie, que c’était une honte qu’une gare française ne soit pas pavoisée le jour de la victoire. L’inspecteur a demandé pourquoi on aurait du le faire. Le chef de gare a prétendu qu’on avait pas de drapeaux. Trois minutes après on en a trouvé. L’inspecteur est venu me remercier de mon intervention, il venait d’arriver et n’avait pas eu le temps de s’en rendre compte que toutes les gares étaient pavoisées. Qu’il y en avait beaucoup qui avait illuminé de vive voies. Je vous donnerai des détails, il y avait une mauvaise volonté Hier à 4h quelqu’un avait déjà fait l’observation. Croyez vous que Mme Clavel n’avait pas raison lorqu’elle disait qu’elle n’avait jamais rien vu de pareil comme organisation.

Nous espérons que vous êtes remise de vos malaises. Il fait un temps superbe ces jours ci. Ces belles journées nous font du bien. Mes amitiés à Mr et Mme Segonds. Recevez chère Claire, nos affectueux baisers à partager avec cher petit jean. Bien à vous Alex

Toulouse, le 27 Novembre 1918. Madame, Au risque d’être indiscret et de raviver votre douleur, je viens accomplir aujourd’hui auprès de vous ce que j’estime être mon devoir strict.

Peut être avez vous souvenance de mon nom, Madame. Je suis l’officier du 83è RJ , qui ayant trouvé votre cher mari abandonné sur le champ de bataille au lendemain de sa mort le 27 Septembre 1914, résolu de se conformer aux dernières volontés d’un camarade, le fit inhumé, marqua sa tombe, porta la succession au 209è RJ qui ignorait son sort et jura de se mettre à votre disposition dès la fin de la guerre s’il était épargné.

Ce moment là étant venu, je remplis la dernière partie de mon vœu. Craignant d’être seul capable après 4 années de reconnaître exactement la tombe du sous lieutenant Paul Lascombes, je me mets à votre disposition Madame, pour tout ce que vous jugerez.

Veuillez agréer, Madame, mes hommages respectueux.

Signé ROUDIé

Lieutenant du dépôt IV de prisonniers de guerre.

174 Région Toulouse, le 22 Décembre 1918

Place de Toulouse

DEPOT IV

De prisonnier Le Lieutenant ROUDIE adjoint au

De guerre commandant du dépôt IV Toulouse

Téléphone 351 à Madame Paul LASCOMBES

Gare de Figeac


Madame, Votre lettre ainsi que celle tout aussi aimable que j’ai reçu de M. Lascombes père m’ont fait grand plaisir. J’ai été très heureux d’apprendre que vous possédiez tous les documents et renseignements qui peuvent vous être utile pour accomplir la pieuse tâche de ramener les restes de votre cher disparu. Vous me permettrez donc Madame de vous laisser avec votre famille dans cette triste circonstance : ma présence, inutile d’ailleurs ne pourrait que vous être très pénible.

Je me contente donc de vous donner quelques derniers renseignements qui me paraissent devoir vous être utile

Le Lieutenant Lascombes est mort à 20 m environ et en contre direction Nord, du lieu de sa sépulture. Je l’ai fait enterré sur le bord de la route afin de mieux situer et déterminer la tombe et aussi parce que c’eut été s’exposer à une mort certaine, le lieu de la mort étant sous les feux des artilleurs ennemis.

Le corps est enterré dans un sol calcaire très sain, à environ 1 mètre de profondeur, sans cercueil évidemment. Les hommes ne purent creuser plus profondemment n’ayant a leur disposition que les outils portatifs. Et devant travailler couchés étant vu de la Crète de Perthes, cote 200.

Voilà , Madame , ma mission est terminée.

En retour je me permets de vous demander un petit service. Je compte mettre à jour mes notes et peut être faire éditer, mes notes faites au jour le jour pendant la partie active de ma campagne. Or il me manque 2 documents qui peuvent m’être utiles : 1° - Le testament du Lieutenant Lascombes que je considère comme un pur exemple de vertu militaire et civique. 2° Mon compte rendu d’inhumation.

Je vous demande, Madame, si vous n’y voyez aucun inconvénient de bien vouloir m’envoyer une copie de ces 2 pièces. Je vous promets éidemment l’anonymat le plus absolu si vous le désirez en cas ou je publierais mes notes.

Veuillez bien agréer, Madame, l’assurance de mes sentiments respectueux et dévoués

Signé ROUDIE

Monsieur le Maire, Appelé par suite de circonstances imprévus à commander le 209 è régiment d’Infanterie que de multiples liens unissent à la ville d’Agen. J’ai l’honneur de vous faire connaître que sur mon initiative une souscription a été ouverte au sein de mon régiment pour honorer la mémoire des officiers sous officiers caporaux et soldats tombés au champs d’honneur. Les premiers fonds ont été affectés à la mise en place d’une couronne dans le cimetière de Somme-Saippes (Marne) ou reposent 5 de nos officiers et dont les environs ont vu malheureusement tombé le plus grand nombre de nos soldats. Mais il m’a paru qu’une simple couronne essentiellement précaire et exposée à la seule vue d’une population qui sans doute confond dans un même sentiment d’admiration tous les français morts pour la Patrie mais qui néanmoins ne peut être indifférents au souvenir précis qui s’attache à tel ou tel nom ou au numéro particulier d’un régiment ne constituait pas l’hommage indéfini et reconnu par le pays natal que le 209è doit à ses morts.

Bourguignon de naissance et de cœur, rendu par une longue carrière coloniale sensible aux douceurs du soleil du midi, ma pensé et avec celle de tous ceux que j’ai l’honneur de conduire au feu, s’est reportée par delà les grands et froids espaces dénudés et les tristes bois de pins verts ue leur cœur de Gascon ne peut pas comprendre, vers le pays de chaudes et radieuse lumière de votre vieille Gascogne, vers les rives fleuries de la Garonne et du Lot où blottis dans son nid de luxuriantes verdure ils ont laissé par un dimanche d’Août cette jolie cité Agenaise, symbole de la petite patrie absente.

Car c’est là et non ailleurs, dans ce cadre familier et cher à ceux qui restent comme à ceux qui ne sont plus, c’est au milieu de toutes les affections brisées de façon si imprévue et si brutale, c’est dans votre beau cimetière de Gaillard qu’il nous semble voir s’élever le mieux l’exemple impérissable de nos regrets, de notre admiration et de notre solidarité militaire. Un petit terrain et des fleurs, une plaque avec en exergue « Les Officiers, sous Officiers, caporaux et soldats du 209é régiment d’Infanterie à leur camarades tués à l’ennemi pendant la campagne France – allemand 1914 – 1915 . Telle est dans sa simplicité le projet que je viens vous soumettre et dont je vous prie d’assurer la réalisation. Tâche délicate, je le sais car pour aussi grand que soient nos désirs et notre sincérité, combien modestes sont nos ressources qui s’élèvent à la somme de 733,95 Frs que je me permets de vous adresser.

Mais je ne doute pas une minute que vos talents d’administrateurs éclairtés vous permettent de la mener à bien et je n’ai certainement pas besoin, pour que vous agreiez mas proposition de faire appel aux sentiments de patriotisme ardent qui unissent aujourd’hui tous les français, et à ceux plus ancrés et plus fervent qui unit l’Agenais jusqu’au Quercy, du Périgord à l’Armagnac font de votre bonne ville, pour topus mes braves du 209è l’étape définitive et glorieuse de notre armée triomphante.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l’assurance de mes sentiments de haute considération et de fraternité nationale

VIARD Colonel.


Discours de François LASCOMBES, père de Paul sur la tombe du Commandant GABY

Mesdames, Messieurs,

Au nom de la Société des anciens militaires il m’échoit aujourd’hui l’honneur et le devoir de saluer la mémoire de Celui qui fut pendant de longues années notre dévoué Président et d’adressé à sa famille éplorée les condoléances attristées de tous les sociétaires qui rangés autour de cette tombe sur laquelle s’incline notre drapeau sont venus rendre un dernier et solennel hommage à un soldat sans peur et sans reproche qui vient de terminer une vie d’abnégation de devoir et de dévouement.

Fils d’un ancien soldat de la révolution et de l’empire, qui avait été sité à l’ordre du jour à Wagram, nourri des récits de l’épopée, le Ct GABY avait embrassé la carrière des armes et fit comme sergent la campagne d’Italie et combattit à Magenta , Turbigot Solférino pour délivere l’Italie du joug de l’Autriche.

Lieutenant pendant la guerre de 1870, son régiment après s’être vaillament battu à Borny, Gravelotte, St Privat du se replier à Metz. La vieille forteresse fut livrée par un traité à l’ennemi et l’armée qui la défendait fut prisonnière.

Rentré de captivité comme capitaine, il s’occupe avec ardeur et dévouement de l’instruction des troupes qu’il fallait tenir prêtes quand luirait le jour de la justice immanente que prophétisait le grand patriote Gambetta.

Lorsque sonna l’âge de la retraite, c’est à Souillac, sa petite Patrie qu’il aimait ant, qu’il voulu se retirer pour se consacrer à sa famille à ses concitoyens et à la société qui sous sa présidence a connu une ère de prospérité.

Entouré de l’affection des siens, et de la considération et de la sympathie générale, il vivait des jours heureux quand comme un coup de foudre par la voix du canon d’alarme. J’ai été le témoin de sa souffrance quand il appris nos premiers défunts. Je l’ai vu pleurer quand il apprenait les deuils qui frappaient les familles de Souillac et j’ai vu aussi couler de ses yeux des larmes de joie lorsque l’ennemi vaincu fuyait devant nos soldats qui entraient triomphant dans cette ville de Metz d’où en 70 il était parti captif.

Commandant GABY vous êtes resté fidèle à la noble devise « Honneur et Patrie » vous serez dans la mémoire des braves gens vos concitoyens et la Haut vous allez retrouver vos jeunes amis, la glorieuse phalange des enfants de Souillac dans le séjour de l’universel amour et de l’éternelle paix.


Inauguration monument aux morts.

Au nom de l’union des Pères et Mères dont les fils sont morts pour la Patrie.

Je remercie le représentant du gouvernement de la république d’être venu rehaussé par sa présence l’éclat de cette manifestation.

Je remercie du fond du cœur le comité dont le zèle e t le dévouement ont permis d’édifier ce monument en reconnaissance de nos chers disparus et les dames qui leur ont dressé des couronnes de fleurs.

Les réconfortantes paroles prononcées par les orateurs qui se sont succédés, ont pénétré nos cœurs éprouvés d’une douceur consolatrice. Notre souffrance n’est pas désespérante car elle s’accompagne de fierté.

Chers enfants, chers pupilles que la nation a pris sous sa sauvegarde, gardez de cette journée un impérissable souvenir.

Ecoutez ces paroles de Lacordaire :

Jeunes gens vous avez devant vous une longue carrière, mais si vous préférez la vie à la justice, la fortune à l’honneur si devant le devoir à accomplir la pensée de la mort vous trouble cette carrière sera tôt ou tard obscurcie par de faiblesses indignes de vous.

Concervez donc intact le patrimoine d’honneur que vous léguèrent vos père quand la mort les pris les yeux grands ouverts la regardant bien en face et marchant sans peur au devant d’elle non dans un but de conquète mais pour se deffendre contre une injuste aggression à la voisx de leur chef leur disant : en avant les enfants c’est pour nos femmes, c’est pour nos fils eyt pour nos vieux là bas. La patrie eternelle vous verra tous tomber mais libre, elle vivra.

François Lascombes

Ce discours n’a pas été prononcé un incident s’étant produit qui a retardé la cérémonie.


Toulon, le 27 Mars 1921

Chère Claire, J’ai voulu vous faire connaître le plus tôt possible la nouvelle de l’inhumation de notre cher Paul et le lieu où il reposait en attendant son transfert à Souillac. Je me suis contenté de vous adressé un simple mot de l’hôtel. Peut être avez vous deviné toute mon émotion.

Me voici rentré à Toulon, et je ne veux tarder d’avantage à vous donner quelques détails sur ce triste voyage.

Dès mon arrivée à Guisppe, je me suis rendu auprès de l’officier de l’état civil, un lieutenant que j’avais averti de mon arrivée. J’ai d’abord eu une très pénible impression en apprenant qu’un mal entendu s’était glissé dans notre correspondance et qu’il n’était malheureusement pas possible de songer au transfert immédiat, autrement qu’à nos frais, encore aurait il fallu sans doute plusieurs jours pour s’assurer d’un wagon ou d’un camion automobile. Etant venu a Suippe dans le but bien déterminé de faire procéder à l’exhumation pour laquelle nul autre plus que moi avait le devoir d’assister. je ne pouvais la remettre à plus tard. Désirant éviter avant tout une nouvelle manutention de ses restes trop chers à tous les vôtres. Je décidais de les mettre dans un cercueil en chêne capable de supporter sans détérioration sérieuse un enfouissement de plusieurs mois si c’était nécessaire. Je partis en voiture à huit heures avec un soldat qui était allé reconnaître la tombe la veille. Le conducteur et un de mes anciens marins a eu la délicatesse de se mettre à mon entière disposition. La tombe fut rapidement trouvée. Je reconnu facilement le paysage que je n’oublierai pas de si tôt. La tombe parfaitement entretenue était débarrassée des fers que nous y avions d’abord trouvé enfin la croix était toute neuve.

Enterré à 70 cm environ de profondeur, le corps avait été placé sur un lit de branche de sapin nous avons trouvé que des ossements, pas la moindre trace de vêtements. Le képi seul assez bien conservé et couvrant le visage avait protégé en partie les moustaches. Enfin la jambe droite était cassée à 15 centimètres environ de la cheville.

J’ai pris quelques souvenir qu’alexandrine vous remettront : galon, étoile du képi, bouton, N° du régiment. Les ossements ont été respectueusement enlevés et déposés dans un linceul blanc qui m’avait été fourni avec le cercueil un drap blanc qu’Alexandrine m’avait remis dans ce but avant le départ avec le képi dont le rouge avait conservé tout son éclat notre cher mort avait les 3 couleurs du drapeau pour lequel il a su si vaillamment mourir.

Le cercueil avait était rempli au ¾ de sciure de bois, le ballottement ne sera plus possible. J’ai enfin cloué sur le cercueil une plaque en cuivre préparé à bord.

A midi 15 nous étions de nouveau à Suippes et nous procédions à l’inhumation dans la tombeN° 2615 entre un caporal du 202 et un soldat du 138è de ligne. Le cercueil est protégé de bout en bout par une tôle ne se détériorera pas. J’en ai vu plusieurs en parfait état après un séjour en terre de plus d’une année. Il n’y aura donc plus à y toucher.

Toutes les tombes sont parfaitement entretenues par une équipe, pas le plus petit brin d’herbe dans le cimetière militaire de plus mon brave quartier Maître Clément se fera un devoir d’aller le visiter souvent et d’y poser des fleurs. Je vous redit encore ce que mon petit mot de Suippe vous affirmait. Pendant cette émouvante opération ma pensée est venu souvent vers vous et notre cher Jeannot. Elle allait aussi à Souillac e à Toulon où je savais que des cœurs amoureux battaient comme le mien et pour la même cause.

Je me suis efforcé de vous représenter tous, vous plus que tant d’autre pour rendre les dernier devoir à cet être si cher. Puissiez vous y trouver une faible mais nouvelle consolation à notre courage et qui vous permettra d’attendre de celui qui vous a tant aimée.

Alexandrine et les enfants se joignent à moi pour vous embrasser bien affectueusement.

Cettte lettre a peut être été écrite par François Lascombes.


Souillac le 31 Mai 1922

Mesdames, Messieurs, mes chers camarades ; mes chers enfants, Je suis toujours ému lorsque je suis appelé à dire quelques mots sur la tombe d’un membre de la société des vétérans qui a pour devise

« n’oublier jamais »

C’est que chacun de nous fait partie de cette phalange d’hommes qui se sont donnés pour mission de propager le culte de la patrie. Ils veulent que chaque bon citoyen se rappelle qu’au dessus de son père et de sa mère pour lesquels il doit professer le plus grand dévouement, il a une seconde mère « La France » pour lequel il ne doit plus hésiter à faire les plus grands sacrifices, et au besoin celui de sa vie.

Celui dont j’ai a vous parler aujourd’hui a fait cet ultime sacrifice et c’est pour cela que je suis plus ému que jamais.

Je résumerai toutes les qualités de Lascombes en disant qu’il avait une âme d’élite.

Dès sa plus tendre enfance, il s’est fait remarquer par son intelligence et ses hautes qualités de cœur et d’esprit. comme vous avez pu le constater d’après les faits qui vous ont été rapportés.

Après avoir fait de brillantes études au collège de Brive, il fut admis à 16 ans à l’école spéciale de Lyon, et à 18 ans il avait le diplôme d’ingénieur chimiste.

Il fit son service militaire au 7è régiment d’infanterie. Il ne lui fallut que 4 mois pour acquérir le grade de Caporal ; le mois supplémentaire pour obtenir celui de Sergent. 16 mois après, lorsqu’il passa l’examen pour le brevet de chef de section, il obtint le N°1 au classement final. Aussi fut-il nommé sans tarder officier de réserve.

A la mobilisation, au commencement du mois d’Août 1914, il rejoignit le 209è régiment d’infanterie et pendant deux mois il partage sa gloire et ses dangers. Pour faire ressortir devant vous ces heures tragiques, je crois bien faire de vous citer quelques lignes de l’historique de son régiment

« Le 26 Août à Villiers, la Compagnie 209è (Ss Lieutenant Lascombes) se maintient 14 heures sous une pluie d’obus.

« Le 28 Août à Baucourt monte à l’assaut d’une tranchée allemande qu’elle enlève.

« Le 9 septembre (bataille de la Marnes), elle prend d’assaut la ferme de la Cerbine et poursuit l’ennemi sous une grêle de balles. Le Ss Lieutenant Lascombes reçoit les félicitations du Général en Chef.

« Le 26 Septembre, les allemands voulant reprendre la marche sur Paris, prononcent contre le front du 17è corps d’Armée une violante attaque brusquée. C’est au moulin de Perthes aux Paillettes que le 209è reçoit le choc brutal des divisions ennemis. La lutte est d’une âpreté terrible. Partout le corps à corps. Le Colonel et son état major, un instant entourés, font le cou de feu pour se défendre. Le soldat Micorne sauve le drapeau un instant menacé. Finalement l’effort des divisions boches vient se briser et mourir sur les baïonnettes des cadets de Gascogne. Jour de gloire pour le 209è, mais aussi jour de deuil. Le Colonel bléssé, 2 chefs de bataillon et 5 officiers subalternes tués, 500 hommes hors de combat, tel fut le triste mais glorieux bilan de cette journée »

Le Ss Lieutenant Lascombes commandait la section d’avant poste. Blessé à la jambe, il fut relevé et maintenu debout par un de ses soldats. Il n’abandonna pas son poste et c’est en commandant le feu qu’il fut tué face à l’ennemi, frappé d’une balle en pleine poitrine.

C’est d’une façon analogue que sont morts plusieurs enfants du pays. Je vous citerai parmi eux, le denier tué à ma connaissance, le Capitaine Clavel. Il fut il y a quelques années frappé par une balle à la tête en entraînant ses mitrailleurs à l’assaut des hordes marocaines. Vous savez que le Ss Lieutenant Lascombes avait manifesté le désir d’être enterré à coté de celui qui l’avait d’une façon si brillante précédé dans la mort. Ses parents ont été heureux d’avoir pu donner sur ce point satisfaction à leur chef disparu.

La conduite héroïque du Ss Lieutenant Lascombes lui valut la citation du corps d’armée dont on vous a donné lecture. (« Bléssé le 26 Septembre 1914, devant Perthes les Hurlus, à la jambe droite, rallie par ses appels les hommes de sa section débandée, les disposent en ordre de bataille et meurt frappé d’une balle en pleine poitrine »)

La croix de guerre et la croix de chevalier de la légion d’honneur vinrent compléter le tribut de louanges que la patrie devait à notre vaillant compatriote.

Aussi malgré tous leurs chagrins, sa veuve éplorée qui a perdu son soutien et son guide naturel, son père et sa mère qui n’ont plus leur fils si affectueux, son jeune enfant qui n’a pas connu celui qui aurait été pour lui un éducateur si parfait, sa sœur et ses autres parents ne peuvent pas s’empêcher d’être fier avec nous.

Ils n’en sont que plus malheureux et nous aussi les plaignions que plus vivement Ils penseront toujours que s’il avait pu sortir vivant de la fournaise dans laquelle il a été engagé, il aurait été parmi eux comme un rayon de lumière.

Nous ne leur prodiguerons pas de banales consolations qui seraient bien peu de chose en face d’un si grand malheur. Nous ne pouvons que mêler nos pleurs aux leurs et espérer que le temps adoucira dans la mesure du possible leur si légitime douleur.

Ss Lieutenant Lascombes vous avez toujours vécu dans l’amour du travail et de la justice. Vous avez quitté vaillament tous les votre pour aller offrir votre poitrine à nos barbares envahisseurs. Vous avez su immédiatement vous faire estimer au plus haut point de vos supérieurs, et vous faire aimer de vos hommes que votre voix entraînante a pu , plusieurs fois conduire victorieusement à l’assaut. Vous avez enfin donné le plus grand exemple de courage, en conservant malgré une grave blessure, votre commandement jusqu’à la mort.

Gloire à vous

Valeureux et héroïque soldat

Au nom de la Société des Vétérans de l’Armée de terre et de mer, et des soldats de la grande guerre, le drapeau de la France s’incline sur votre tombe et je vous adresse un suprême adieu.

BAYLES

Président de la 359à section des Vétérans de Souillac (Lot)



Arrondissement de Gourdon SOUILLAC

A NOS MORTS GLORIEUX

Mercredi soir avaient lieu les obsèques religieuses du Lieutenant Paul Lascombes, Chevalier de la Légion d’honneur et Croix de guerre, tombé au champ d’honneur en 1914.

Ingénieur chimiste et industriel plein d’avenir, Paul Lascombes, à la mobilisation, fut affecté comme officier au 209è d’infanterie. Sa bravoure t son ardeur inlassable ne tardèrent pas à le signaler à l’attention de ses chefs et il avait été l’objet des plus brillantes citations lorsqu’il fut frappé d’une balle en pleine poitrine, à Perthes les Hurlus.

Une assistance considérable se pressait autour des char funèbres dont l’un était surchargé de fleurs et de couronnes et l’autre drapé aux couleurs de la France, portait la dépouille mortelles du jeune héros.

Au cimetière, Mr Bouzat, notaire et premier adjoint, au nom de Mr Claret Maire et empêché, et Mr le commandant Bayle, au nom de l’association des vétérans, en termes bien choisis, retracèrent la belle destiné du Lieutenant Paul Lascombes, nous dirent toutes sa gloire et adressèrent à la famille les plus douces paroles de consolation.

Aux famille Lascombes et Segond nous renouvellons nos respectueuses condoléances.