Avant-propos
Le cuirassé "Jean Bart" de la Ière armée navale, avait été détaché pour former la division d’escorte présidentielle avec le cuirassé "France", et deux contre-torpilleurs. Cette division, placée sous les ordres du vice amiral Lebris avait quitté les eaux russes, et se trouvait à Stockholm, le 25 juillet, lorsque nous apprîmes que l’Autriche avait envoyé un ultimatum à la Serbie. (Affaire se rattachant à l’assassinat de l’Archiduc héritier François-Ferdinand).
La division appareille de Stockholm, le 26 à 3 heures du matin pour Copenhague.
27 juillet : L’Autriche ayant déclaré la guerre à la Serbie, le Président de la République décide de rentrer en France immédiatement.
Nous croisons un croiseur allemand, le "Magdeburg" à l’entrée du Grand Belt. Il salue le Président de la République (croiseur à 4 cheminées, type ‘"Breslau"). Nous croisons aussi un torpilleur allemand dans les mêmes parages.
Retour en France à 19 nœuds. Télégramme de regrets au roi de Norvège.
29 juillet : Rencontré dans la Manche, l’escadre anglaise composée de 31 cuirassés ou croiseurs de bataille, 5 croiseurs, et pleins de scouts.
30 juillet : Nous apprenons que la Russie mobilise 14 corps d’armée.
31 juillet : La déclaration de guerre est imminente.
1er août : Nous apprenons que l’Allemagne a envoyé un ultimatum à la Russie et la France. Le soir, la mobilisation est ordonnée.
2 août : L’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. Nous appareillons, navigation à 16 nœuds, sans feux. Equipage aux postes de veille toute la nuit. On apprend que le croiseur de Bataille allemand "Goeben" était à Brindisi dans la nuit du vendredi ou samedi avec le scout " Breslau". Possibilité de les rencontrer s’ils essaient de rejoindre la mer du Nord. (1)
3 août : En route pour la Méditerranée.
4 août : Le bord apprend à 4 heures que la guerre est déclarée entre la France et l’Allemagne.
Déjeuner où on boit le champagne aux succès des armées de terre et de mer, de notre noble France. Hymne à "Jean Bart" chanté en cœur.
Je viens de faire le tour du pont. Nos marins sont merveilleux. Je parle au brave matelot Char-pentier, qui m’a dit : "De mémoire d’homme, on n’a jamais vu ça. Il faut y aller. Nous les cirerons demain."
Communiqué disant que la Belgique a refusé avec indignation les propositions allemandes de passer sur son territoire. Un autre communiqué annonçant la mobilisation générale de la flotte anglaise.
Je vais me coucher sans la moindre émotion. Je dois même dire pour être sincère, que je suis heureux d’espérer être à la veille de mon premier combat !
Ma pensée est allée souvent aujourd’hui vers Paul, qui n’est peut-être pas loin de la frontière.
En toute sincérité, je n’ai pas pensé à ma femme et à mes enfants !
5 août : Pas de nouvelles du théâtre de la guerre. Une information confirmant la mobilisation de l’escadre anglaise qui tient la mer du Nord, et la séparation sine die du Sénat français après une courte séance, et aux cris de "Vive la France".
7 août : Dans la nuit, on intercepte un télégramme officiel allemand disant que l’Allemagne était en guerre contre la France, l’Angleterre, et la Russie.
Nous arrivons à Toulon à 11h30. Nous apprenons avec une satisfaction très grande la belle con-duite de la Belgique, et la défense de la place de Liège.
Sorti pour dîner. Mouvement extraordinaire de mobilisés dans des tenues invraisemblables, mais tous invariablement confiants. Quel beau mouvement dans toute la France ! Il n’est pas possible, qu’un peuple qui a de tels sentiments d’honneur et de dignité, ne soit pas victorieux.
Les nouvelles sont bonnes. Nous avons pour nous le droit. Le monde entier est écœuré des procédés employés par l’Allemagne. La lecture de tous les journaux réconforte. On voit clairement comment l’Alle-magne a essayé d’acheter l’Angleterre, et par cela la détourner du chemin de l’honneur ? Et la fière Belgi-que ? Que dire de ce petit peuple et de son souverain ? Il a été simplement admirable !
8 août : Les nouvelles de l’Est, et de la Belgique continuent à être bonnes. Liège résiste toujours, et le gouvernement français donne à cette ville la Croix de la Légion d’Honneur. Les Anglais débarquent à Dunkerque, et les troupes françaises entrent en Belgique. Proclamation sensationnelle du Roi Albert remerciant les héros qui ont défendu Liège, et saluant les troupes françaises qui viennent à leur secours.
Toujours le même enthousiasme en ville. L’échec des Allemands devant Liège facilite encore les mouvements, et la mobilisation française. L’entrée en campagne ne pouvait être meilleure. Les Russes commencent à pénétrer en Allemagne.
9 août : Les nouvelles de la guerre sont toujours bonnes. Les Français après un combat pénètrent à Mulhouse.
L’escadre appareille à 9 heures pour une destination inconnue.
10 août : Pas de nouvelles de la guerre.
13 août : Pas de nouvelles de la guerre. On annonce cependant qu’une grande bataille se livre en Alsace. Les Français évacuent Mulhouse, mais tiennent les crêtes des Vosges.
14 août : Dépêche anglaise annonçant que les Belges ont repoussé les Allemands qui se diri-geaient vers Namur. A midi, une dépêche Tour Eiffel, disant que les troupes françaises avaient repoussé de vigoureuses attaques allemandes dans les cols des Vosgiens.
15 août : Dans la nuit, on intercepte un télégramme de Rome, disant que l’Italie reste neutre dans le conflit actuel. A 7 heures du soir, télégrammes italiens disant que les Français ont livré combat dans la Haute-Alsace, et ont été refoulés en territoire français, qu’un combat sérieux continue sous Namur, enfin que le Japon, allié à l’Angleterre, déclare la guerre à l’Allemagne.
Emotion sérieuse que je n’avais encore ressentie. Je pense à ma femme, à mes enfants. Une minute après, tout est dissipé, et aux cris de "Vive la France", poussés par les braves marins que j’ai sous mes ordres, chacun prend son poste.
Pendant la nuit, blocus de l’Adriatique.
17 août : Bonnes nouvelles de la Tour Eiffel : retraite des Allemands sur Liège, (Garde impériale allemande battue par les Français à Dinant ), et maintien des positions par les Français en Alsace et en Lorraine.
19 août : En quittant le quart ce matin à 4 heures, j’ai le plaisir de lire la T.S.F. de la Tour Eiffel annonçant que nos troupes de Lorraine étaient victorieuses sur plusieurs points, et les troupes alle-mandes en déroute poursuivies par la cavalerie. Nous sommes sans doute, à la veille des grandes batailles qui auront une action décisive sur la campagne. Il est heureux, pour nous, de savoir que nos troupes sont pleins d’entrain, et qu’elles n’ont subi aucun revers dans les diverses rencontres avec les troupes allemandes. La mobilisation russe touchant à sa fin. L’Allemagne va se trouver dans l’obligation de dégarnir un peu notre frontière pour tenir les Russes en échec. Tout s’annonce bien.
Les bonnes nouvelles de la guerre sont confirmées par la T.S.F. de Malte, et communiquées à l’armée par ordre de l’Amiral.
21 août : Nous arrivons devant Malte. Les journaux locaux nous confirment les bonnes nouvel-les que nous avons interceptées par T.S.F.
Nous recevons enfin un courrier. Pour ma part, trois lettres d’Alex, un de Paul, et un de mon beau-père.
24 août : La Tour Eiffel annonce une grande bataille engagée en Belgique, tandis que les Russes avancent rapidement en territoire allemand.
26 août : Les nouvelles de la nuit annoncent que la grande bataille en Belgique continue, les troupes alliées se replient sur les positions défensives françaises. La presque totalité de l’armée allemande est engagée. Les Russes continuent à avancer. La victoire serbe sur les Autrichiens se confirme.
En prenant le quart à 10heures du soir, je demande les nouvelles à l’officier de quart. Il me les fait communiquer. Elles émanent d’une station de T.S.F. italienne. Les combats en Belgique ont été san-glants. Les Anglais paraissent avoir beaucoup soufferts. Il y est question d’une charge à la baïonnette sur un front de trois kilomètres par les Algériens, et de quatre contre-attaques sur Nancy, où les Allemands ont été repoussés avec de très grosses pertes.
27 août : Dans la soirée, la T.S.F. intercepte en partie seulement, un télégramme qui laisserait supposer que nos troupes ont pris l’offensive, et que les Russes continuent à aller de l’avant.
29 août : Bonnes nouvelles de la frontière de l’Est. Français et Anglais gardent leurs positions et prennent même des positions très fortes sur les flancs de l’ennemi. Les Russes avancent toujours en Prusse Orientale.
30 août : Les nouvelles sont assez bonnes. Les Russes continuent à avancer. Sur la frontière de Belgique, nous conservons nos positions ; pas de combats, les armées sont exténuées.
Je reçois une lettre, datée du 14. Elle m’a fait plaisir tout de même.
31 août : Nous recevons de mauvaises nouvelles de la guerre. D’abord, les dépêches allemandes parlent d’une démission possible du général Joffre, et du côté russe, d’un gros échec. Dans l’après-midi, les contre-torpilleurs venant de Malte, nous apprennent que les Allemands sont en France, que l’armée française a dû reculer. Cet échec serait attribué à la faiblesse du 15ème corps. Une interpellation à la Chambre aurait provoqué la chute du Ministère ? Si la politique commence à se mêler des choses de la guerre, hélas ! nous pourrions être, une fois de plus battus.
Nous n’en sommes pas là, je l’espère, et je conserve intacte, ma foi en la victoire.
1er septembre : Les dépêches de guerre ne sont pas carrément mauvaises. Mais il paraît en résulter que notre extrême gauche a été refoulée sur la Somme. J’espère que ces positions sont suffisamment fortes pour résister à l’attaque de l’armée allemande qui ne tardera pas à se développer. Par contre, notre droite a tenu les Allemands en échec, et c’est un succès. Pendant ce temps, les Russes, sans doute, continuent à avancer, les Allemands n’opposant que peu de forces à l’armée d’invasion.
2 septembre : Les nouvelles de la guerre sont meilleures, les troupes françaises paraissent avoir pris l’offensive sur tout le front. Est-ce un changement dans la direction qui est en cause ? On le saura bien, mais plus tard. Les télégrammes Reuter parlent d’un gros succès français à Guise, d’un échec de l’armée du Kronprinz à Neufchâteau. En se reportant à la carte que nous consultons à chaque instant, nous paraissons avoir repris pas mal de terrain au centre de l’armée opérant à la frontière belge.
Je reçois des lettres du Ct Bary. Bonnes nouvelles de la famille qui me font plaisir.
3 septembre : Les nouvelles de la guerre sont peu intéressantes. La bataille est engagée, et se poursuit sur tout le front. Nous paraissons faiblir à notre aile gauche. La Tour Eiffel ne donne aucune nouvelle. Comment doit-on interpréter ce silence ?
Les nouvelles de sources étrangères sont plutôt mauvaises.
4 septembre : Absence complète de nouvelles. Comment faut-il interpréter cela, étant donné la phase extrêmement intéressante de la grande bataille engagée ?
Dans l’après-midi, un télégramme nous parvient : les Allemands continuent à avancer sur Paris. La France a été surprise par cette attaque brusquée des allemands, annoncée pourtant depuis longtemps. Si notre armée est intacte, il faut encore espérer, mais l'épreuve paraît devoir être dure. Les Anglais, peu nombreux, il est vrai, continuent à se battre à notre aile gauche avec courage.
Nous avons confirmation que le siège du gouvernement est transféré à Bordeaux. C'est que l'investissement de Paris est prévu, et tout cela est grave, mais ne doit pas nous décourager. C'est notre existence nationale qui est en jeu, nous devons combattre jusqu'à la mort !
5 septembre : Une dépêche, mal interprétée, ferait confirmer la marche rapide des Allemands sur Paris. Que va-t-il se passer ? Que se passe-t-il en France ?…..
Quelques mots pris au hasard des T.S.F. nous laissent croire que les Allemands sont entrés à Compiègne, Senlis, Soissons……
Tout cela est bien mauvais, et nous nous demandons avec anxiété ce que font nos troupes.
6 septembre : Télégramme Reuter ne parlant pas du théâtre de la guerre en France.
7 septembre : Dès le matin, au moment où je quitte le quart, je suis prévenu que de bonnes nouvelles viennent de parvenir par T.S.F. Tous nos marins sont évidemment très affairés, et ils se passent des bouts de papier de main en main. Nous apprenons que les Allemands ont été repoussés sur toute la ligne, qu’ils ont abandonné la région de Senlis et Compiègne. Que les Belges ont ouvert les digues de Malines, et inondent les régions occupées par les Allemands qui font des efforts héroïques pour sauver leurs canons, que cela semble être la fin de nos revers. S’il pouvait en être ainsi !
8 septembre : Les nouvelles sont bonnes, et confirment celles de la veille. Les Français et les Anglais ont repris l’offensive sur toute la ligne. Le mouvement enveloppant des troupes allemandes est abandonné, nous gagnons du terrain. Les troupes anglaises sont maintenant au centre des troupes fran-çaises. Maubeuge tient toujours, et subit un bombardement violent. Guillaume dirige les opérations en per-sonne devant Nancy. Les Allemands ont perdu 3000 hommes, à l’ouest de Malines.
Un communiqué italien relate les succès des alliés.
9 septembre : Pour la première fois, depuis bien longtemps, la Tour Eiffel, donne des nouvelles. Elles sont bonnes, et confirment celles de la veille. Marche au Nord des troupes franco-anglaises sur tout le front. Les Allemands perdent du terrain.
A midi, les télégrammes Reuter confirment aussi les succès français, mais avec indication des points où se trouvent les armées. Nous sommes tous péniblement surpris d’apprendre que les Allemands sont sur la Marne. Nous avons besoin que les succès d’hier et d’aujourd’hui, aient un lendemain sérieux, si nous voulons voir, avant la fin du mois de septembre, les Allemands rejetés en Belgique. Il ne faut pas déses-pérer. Au contraire. Total accusé des pertes anglaises, 15 000 hommes ?
Il paraît que nous partirons dans la soirée demain pour Malte. Enfin, nous allons pouvoir nous reposer un peu, et surtout avoir des nouvelles de la guerre, et des lettres de nos familles.
11 septembre : Les nouvelles de la Tour Eiffel continuent à être satisfaisantes. On annonce que depuis le samedi 5, les troupes anglo-françaises sont en progrès sur tout le front. A notre arrivée devant le port de Malte, nous apprenons de très bonnes nouvelles : le recul allemand très prononcé sur leur droite. De plus, on laisse espérer que sous peu, il va se passer quelque chose de très important qui d’un seul coup améliorerait considérablement la situation des armées alliées.
Plusieurs courriers ; pour ma part, j’ai 5 lettres.
12 septembre : Les nouvelles continuent à être bonnes. On prétend que les Russes venant d’ Arkhangelsk ont commencé leur débarquement dans le Nord de la France et en Belgique. C’est peut-être, l’action importante dont on parlait à mots couverts.
D’autres nouvelles de la guerre nous surprennent un peu. Emprisonnement de quelques généraux qui ont refusé de marcher.(Duball, Sauret, Sarrail ?) On dit même qu’un général, une vingtaine d’officiers et 250 soldats ont été fusillés sur l’action de Messimy, ministre de la guerre, qui a contrarié l’action du généralissime, emprisonnement de M. Caillaux, effet de la turpinité ?
Enfin, de tout cela, il paraît dégager, qu’après des revers occasionnés en partie par l’inexécution d’ordres donnés par le généralissime, l’armée française s’est ressaisie, et après avoir laissé engager les Alle-mands jusqu’à la Marne, ce qui entrait dans le plan de l’état-major général, elle reprend une offensive vi-goureuse au moment où les communications des Allemands sont menacées en Belgique.
La semaine va être intéressante, et les Allemands pourraient bien repasser la frontière. On prétend ce soir, que le gouvernement de Malte est en possession d’un télégrammes tellement bon, qu’il ne veut le laisser publier qu’après confirmation. On va jusqu’à dire, que plusieurs corps allemands cernés ont mis bas les armes. On dit aussi que les cipayes des Indes arriveraient demain à Marseille, que tout est prêt pour les transporter rapidement à la frontière.
13 septembre : Les nouvelles continuent à être bonnes. Les Allemands se retirent rapidement sur tout le front, en certains endroits, et notamment à notre aile gauche, ils se retirent rapidement, et en déroute. Ils laissent derrière eux beaucoup de blessés, d’approvisionnement, et de matériel.
Des bruits extraordinaires courent, relatifs au rôle joué par Messimy, ministre de la Guerre. Les passions politiques vont peut-être s’en mêler. Heureusement qu’on a l’impression qu’en France, la pre-mière des préoccupations restera celle d’abattre les Allemands. On verra ensuite.
14 septembre : Bonnes nouvelles de partout. Elles deviennent excellentes dans la soirée. Nous apprenons que les Allemands sont en déroute, poursuivis par l’armée française. Exalté par le succès, le général Joffre dit que la France peut être fière de son armée.
15 septembre : Les nouvelles sont toujours excellentes. Les Allemands ont perdu 20 000 hommes aux environs de Nancy, et 10 000 à Lunéville. L’armée allemande est en déroute. On craint des troubles à Munich.
16 septembre : Les nouvelles continuent à être très bonnes. Les Allemands ont complètement évacué la France du côté de Nancy et Lunéville. L’armée du Kronprinz a été battue à Varennes, et bat en retraite. Toute l’aile droite allemande se retire en désordre. Il est possible qu’elle essaie de résister avant de passer la frontière. Les Belges, qui ont eu des succès importants pourraient bien gêner la retraite pré-cipitée des Allemands.
Le "Bureau de presse" annonce que des Russes ont débarqué en France et en Belgique. Il faut donc s’attendre à les voir entrer en scène sous peu. Ils pourraient bien gêner, eux aussi, la retraite de l’aile droite allemande.
17 septembre : pas de nouvelles, ni de Reuter, ni de la Tour Eiffel.
18 septembre : Pas de nouvelles, ni de Reuter, ni de la Tour Eiffel.
20 septembre : Les nouvelles de la nuit ne sont pas mauvaises. Reuter et la Tour Eiffel parais-sent confirmer que l’armée du Kronprinz continue de se retirer, mais lentement. Les Allemands paraissent occuper une position défensive assez sérieuse. La bataille doit être générale sur tout le front.
21 septembre : Pas de nouvelles, ni de Reuter, ni de la Tour Eiffel.
22 septembre : Les nouvelles de la guerre sont assez bonnes. Les armées ennemies sont infé-rieures. Le mauvais temps seul, arrête les opérations. On a l’impression que cette bataille aura une réper-cussion sérieuse sur la suite de la guerre. Les Allemands ont bombardé la cathédrale de Reims.
23 septembre : Nouvelles quelconques. Les opérations subissent un temps d’arrêt, à cause du mauvais temps sans doute. Les Allemands en profitent pour fortifier leurs positions.
Les nouvelles du soir sont assez bonnes. Notre aile gauche a fait quelques progrès. Par contre, l'es-cadre anglaise a été éprouvée : trois avisos coulés par des sous-marins allemands.
25 septembre : Les nouvelles de la guerre sont assez bonnes. Le "Corte" nous apporte des lettres. Malheureusement, les nouvelles de Paul sont plutôt mauvaises, et je crains qu’il ne soit resté sur le champs de bataille.
J’ai pensé toute la journée à Paul, et en relisant mes notes de la guerre, je remarque que la bataille de la Marne commencée le 7, ne s’est terminée que le 12, mais la poursuite de l’ennemi a duré jusqu’au 16. Il n’était donc pas possible à Paul de donner de ses nouvelles avant cette date. Cela me tranquillise un peu, la lettre d’Alexandrine étant datée du 25. Je vais prendre le quart, complètement rassuré.
26 septembre : les nouvelles Reuter reçues sont assez bonnes, nos troupes continuent à progresser à l’aile gauche. La bataille continue, et d’ici quelques jours sans doute, les résultats s’en feront sentir. Espérons qu’ils nous seront favorables. J’ai écrit à Alex, Claire, Elise, Paul, ainsi qu’à mon ami Bœuf. J’ai lu les "Temps" des 10 au 17 inclus, en somme, une très bonne journée. D’autant meilleure que depuis près de 8 jours, je me trouvais plutôt mal.
Pas de communication de la Tour Eiffel ?
27 septembre : Les nouvelles Reuter sont catégoriques. L’action générale est commencée. La bataille est acharnée sur notre gauche, le centre progresse légèrement. J’ai fait cette nuit un rêve bizarre : j’étais dans une maison de Souillac, le temps était à l’orage, mais je n’entendais pas le tonnerre. Des flam-mes léchaient les murs, et pénétraient par les fenêtres et la cheminée. Ma sœur, et ma pauvre mère, leurs figures épouvantées, se blottissaient près de moi. Quel est le présage ?
Pas de nouvelles de la journée.
28 septembre : Pas de nouvelles de la nuit, ni Reuter, ni Tour Eiffel.
Vers 5 heures, un Reuter nous donne quelques nouvelles assez bonnes, à 7 heures, un deuxième Reuter les confirme. La bataille se développe, et arrive à un point critique. L’issue devrait être favorable.
30 septembre : Les nouvelles de la nuit confirment que les Allemands ont fait des attaques furieuses sur plusieurs points, et ont été partout repoussés.
3 octobre : Le "Liamone" arrive à la deuxième heure apportant le courrier de France. Très bonnes nouvelles concernant Paul. C’est l’essentiel.
8 octobre : Nous arrivons devant Malte à 9 heures, et nous entrons dans le port, où nous nous amarrons en attendant notre entrée au bassin pour demain matin.
Courrier de France : bonnes nouvelles, une carte de Paul qui m’a fait plaisir. J’apprends malheureusement la mort de Xavier Lespinasse.
Le Reuter du soir est très bon. La lecture des journées, et des nouvelles me prend toute la soirée. Je vais enfin me coucher sans avoir à m’occuper du quart de nuit. Enfin…. !
9 octobre : Je m’éveille de bonne humeur et très dispos. Le séjour à Malte va me remettre, je l’espère. Le "Jean Bart" entre au bassin pour carénage. Les nouvelles sont assez bonnes.
Un courrier pour la France, Alex, Paul, etc.
19 octobre : La première division de croiseurs rallie Malte, et rapporte notre courrier. J’ai le plaisir de lire une bonne lettre du 4, où il m’est donné de bonnes nouvelles de Paul. Hélas ! le soir, à mon retour de terre, mon ami Salaün m’annonce la fatale nouvelle. J’ai beaucoup de peine, mais combien je suis fier de savoir que Paul est mort en brave, face à l’ennemi. Je lis et relis souvent les lettres du capitaine Arlie et Alexandrine. Je comprends le désespoir de ma chère maman, de celle de mon beau-frère. Je vou-drai bien être auprès d’eux pour leur dire les paroles qui réconfortent, et aident à surmonter une telle épreuve.
20 octobre : Ma nuit a été mauvaise, je n’ai pas dormi. Ma pensée allait malgré moi vers les plaines de la Champagne, où repose maintenant notre brave Paul.
Je suis cependant sorti en ville. Petit arrêt à une église avec l’ami Salaün, où je me suis recueilli un moment en pensant à Paul.
21 octobre : Je reçois une bonne et longue lettre d’Alex me donnant des détails sur la mort glorieuse de Paul. Quelle consolation ! J’apprends hélas ! la mort du jeune Primaux. Combien de familles en deuil déjà ? Et la guerre commence à peine !